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Chacun – Jean-Paul Dubois

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Chacun Jean-Paul Dubois L'Olivier
Chacun Jean-Paul Dubois L’Olivier

Chronique d’un homme abîmé

Avant même le premier chapitre, dès le préambule, on rit. Jean-Paul Dubois est de retour. Avec son ironie, sa mélancolie et sa manière bien à lui de regarder le monde sans lui trouver beaucoup d’excuses. Chacun est le journal de bord, d’aucuns diraient journal intime, de Paul, cardiologue en long arrêt maladie, un homme abîmé par l’absence, qui tente de continuer à vivre sans jamais tout à fait renoncer à ce qu’il a perdu.

« Quand les démantibulés hélocoptérisent les despotes poudrés, le malheur est dans l’air et il est temps de sauvegarder l’essentiel, de conserver la mémoire de quelques mots gardés au fond de soi, dieu sait pourquoi, depuis longtemps et jamais oubliés. »

Un homme au point de solitude

Paul Weiss-Melville, 56 ans, cardiologue, tente de survivre à la disparition de sa femme Rose, survenue deux ans plus tôt. Il ignore ce qu’elle est devenue. Il souffre, attend, mais il continue d’habiter le monde. Il suit l’actualité, notamment les déclarations et agissements de l’Homme à la peau de cartable ainsi que ceux de « l’innocent le plus condamné de France ». Son frère jumeau Lothar, devenu Achille, en est un fervent admirateur.

Il convoque les souvenirs de ses parents, Lise et William, dont la présence semble toujours habiter la maison familiale. Il y a les objets, les odeurs, les musiques. Et puis Rose, surtout Rose. Les souvenirs reviennent, se mêlent au présent, occupent parfois toute la place. Comme ces repas de calamars à Fontarrabie, sorte de madeleine de Proust du couple. Il y a aussi les rencontres, les sentiments qui surgissent. Et tout au long du roman, cette question : comment continuer à vivre lorsqu’on ne sait même pas si l’on doit faire son deuil ?

« D’une manière ou d’une autre on dit que les choses finissent par s’arranger. Il suffit d’être têtu, de s’accrocher. Croire est la meilleure façon d’éliminer le doute. »

La signature Dubois

Les similitudes avec les précédents livres sont nettes. À commencer par le prénom Paul. On retrouve aussi dans Chacun les grandes obsessions de Jean-Paul Dubois. Des hommes blessés, des familles où l’amour n’empêche ni les conflits ni les absences, des fantômes qui ne disparaissent jamais vraiment. Et cet humour omniprésent qui surgit là où on ne l’attend pas.

Il y a cette attention particulière aux objets. Un piano, une moto, une odeur de lubrifiant, la fumée d’une cigarette.

« le destin d’une planète et de ses environs a-t-il déjà été confié aux mains jointes d’un sociopathe et d’un toxicomane ? »

Jean-Paul Dubois s’amuse, manie les mots avec un plaisir certain. Les phrases sont souvent longues, érudites et complexes. On apprend beaucoup : des mots nouveaux, des symptômes, des traitements. Les descriptions sont méticuleuses. On rit, souvent, même lorsque le sujet ne s’y prête guère. La colère n’est néanmoins jamais loin derrière l’ironie.

Si l’intime demeure le cœur du livre, Chacun accorde une place importante à la satire du monde contemporain. À ses dirigeants, à leurs discours, à leurs décisions. Paul observe ce monde qui change et pas nécessairement en bien, alors que le sien s’est arrêté net deux ans plus tôt.

Chacun souffre, chacun résiste, chacun (sur)vit. Et tente, malgré tout, de tenir debout.

Chacun est publié aux éditions de l’Olivier.

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