Accueil Rentrée littéraire Septembre 2026 Ceux qui nous frappent – Anaïs Llobet

Ceux qui nous frappent – Anaïs Llobet

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Ceux qui nous frappent Anaïs Llobet Les Léonides
Ceux qui nous frappent Anaïs Llobet Les Léonides

L’impossible certitude

Sara, championne de boxe, est morte. Elle s’est suicidée. Charles, son ex-compagnon, comparaît libre pour « harcèlement moral sur conjoint ayant mené la victime au suicide ou à une tentative de suicide, faits commis du 1er janvier 2023 au 23 mai 2024. » « Ça ne veut rien dire un suicide forcé. Comment veux-tu prouver que quelqu’un a poussé une femme à se suicider. Le geste du suicide appartient à celui qui le commet. » 

Ceux qui nous frappent enferme le lecteur trois jours durant dans la salle 403. 

« Dans l’affaire Messina c. Levain, il n’y a pas de preuves matérielles évidentes, pas d’armes du crime, pas d’alibi qui tienne la route. »

Zone grise

« Ici se joue la vie d’un homme », écrit Anaïs Llobet au début du livre. Celle de Charles Levain, un jeune startupper. Mais la romancière ne se contente pas d’un dossier judiciaire. Elle fait du procès un lieu où les faits ne parlent jamais seuls. 

Les paroles se répondent, se contredisent, se déforment jusqu’à rendre toute certitude impossible. Elle ne réduit jamais une vie à un verdict. Elle éclaire les angles morts en déplaçant le regard vers ce qui rend la violence psychologique si difficile à saisir. « Parfois la violence est invisible, elle passe par les mots… »

Le roman montre aussi combien l’emprise laisse rarement des preuves. Elle se construit dans l’usure, les mots, les silences et les renoncements, précisément là où le droit atteint ses limites.

« Peut-être, dites-vous. C’est insupportable ! Encore des suppositions ! Est-ce qu’on condamne un homme avec des peut-être ? »

Une écriture de la confrontation

Anaïs Llobet fait résonner les différents récits des experts, proches, médias, justice autour d’un même fait plutôt que nous conter une simple plongée subjective. Elle met en scène cette collision des discours sur la violence psychologique et le harcèlement qui font douter de tout, y compris de nous.

Tout est remarquablement rythmé et tendu, sans jamais perdre son équilibre. Au fil des pages et des interventions, les certitudes vacillent, la colère s’amplifie. L’autrice rend ses personnages profondément humains, certains même attachants. Elle entretient méthodiquement l’ambiguïté sans pour autant effacer la violence physique. On a l’impression d’assister aux audiences. Les réseaux sociaux, la viralité des vidéos et le traitement médiatique prolongent le procès hors du tribunal. Une autre juridiction se met alors en place : celle de l’opinion publique.

« Léo ressent une profonde fatigue. Il le sait, les procès sont des pièces de théâtre. Chacun joue un rôle, basé sur une partition plus commune que ne le croit le public. »

Ceux qui nous frappent est un roman judiciaire qui ébranle. Anaïs Llobet s’empare d’une matière hautement inflammable et dramatiquement d’actualité. Entre colère et doute, instinct et conviction, tous ne seront d’accord. Le verdict appartient au tribunal. Le trouble, lui, ne quitte jamais le lecteur. 

Ceux qui nous frappent est publié aux éditions Les Léonides.

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