Jour 19
Imaginez la journée type de votre personnage, du réveil au coucher, uniquement avec les habitudes, les trajets, ce qu’il mange, ce qu’il fait dans la salle de bain, les gens qu’il voit notamment. Vous pouvez écrire cela sous forme de tirets, ce n’est pas forcément une scène entière à écrire, mais relever tous les éléments quotidiens, ordinaires, tous les gestes des habitudes. Cela va vous permettre de les distiller ensuite dans le texte, et ainsi rendre concret votre personnage.
Jour 19 – Les gestes qui restent
Ben se réveille sans alarme, entre 5h30 et 6h. Toujours. Le chant du coq perce à travers les volets clos, quelque part au loin, comme une ponctuation du silence. Une voiture passe, trop tôt pour ne pas être attendue. Il reste là, allongé, quelques minutes, yeux ouverts. À écouter. À habiter ce moment. Puis il attrape sa tablette sur la table de chevet. Les journaux du jour se téléchargent pendant qu’il se lève.
Douche chaude, rapide. L’eau le réveille, mais ne l’arrache pas tout à fait au sommeil. Il enfile un tee-shirt clair, un jean ou un pantalon de toile, ses gestes sont rodés. Dans la cuisine, la cafetière préchauffe tranquillement. Tartines grillées, fromage — Brie de Meaux ou Saint-Nectaire, selon la saison — un peu de confiture maison. Ce matin, c’est figue. Une salade de fruits, un grand café noir. Il lit les actualités en mâchant lentement. Il lit pour se tenir au monde, mais il ne sait plus très bien pourquoi. Les nouvelles sont grises, les lignes se ressemblent, comme si l’encre déteignait.
Le ciel est souvent pâle au-dessus des pins. En se brossant les dents, il regarde dehors sans vraiment voir. Le jour monte.
Il prend la route un peu après sept heures. Vingt minutes de voiture, toujours les mêmes virages. Les pins d’abord, l’odeur encore fraîche des aiguilles, puis la ville, les premiers volets qui s’ouvrent, les bars qui se remplissent. Il gare la voiture derrière la librairie, ouvre la grille métallique dans un bruit familier. Il aime ce moment : la boutique encore vide, les rayons silencieux comme des pages à tourner.
S’il fait beau, il part marcher en forêt, autour du lac. Une heure à laisser les pensées venir sans les retenir. Sinon, il s’installe à l’arrière, dans le petit salon qu’il a aménagé. Il lit. Il écrit. Il souligne parfois une phrase au crayon, en silence. Certaines phrases restent dans la poitrine comme des éclats de lumière.
À 9h, il ouvre. Les premiers clients entrent. Il sourit, parle peu, écoute beaucoup. Il reconnaît les voix avant les visages. Certains s’attardent. Parfois, il prend un café avec un habitué, debout derrière la caisse. Il aime recommander un livre, surtout celui qu’il n’osait plus conseiller : Le Livre de l’intranquillité. Il s’étonne toujours quand quelqu’un le prend, comme si ce livre venait chercher les bons lecteurs tout seul.
À midi, il déjeune dans l’arrière-boutique. Une soupe ou un milkshake vitaminé, un yaourt, quelques fruits. Il regarde les nouvelles sur son téléphone, distraitement. Il ne sait pas bien ce qu’il y cherche. Peut-être juste à s’occuper, à ne pas penser. Puis il rouvre à 13h.
L’après-midi est plus calme. Il compose une nouvelle vitrine, passe quelques commandes, lit un service de presse ou écrit dans son carnet. Il note les détails : une citation, un commentaire, une phrase entendue, un geste d’enfant, une hésitation au moment de payer. Tout est matière. Tout peut devenir texte.
À 19h, il ferme. Il range, installe les nouveautés du lendemain, éteint les lumières une à une, lentement. C’est une forme de rituel. Comme refermer un livre qu’on a aimé.
Avant de rentrer, il marche encore un peu. Dans les rues adjacentes, sans but. Pour laisser reposer la journée. Pour respirer l’entre-deux.
Le dîner est simple : poisson, légumes grillés, un peu de salade. Parfois, un podcast littéraire en fond. Puis il écrit. Il prolonge son manuscrit, répond au défi d’été, ébauche une idée de scénario. Il doute. Souvent. Mais il recommence.
Vers 23h, il éteint. Toujours trop de livres sur la table de chevet. Il en ouvre un, lit dix pages, s’endort à la onzième. Il ne cherche plus à lutter contre le sommeil. Demain recommencera. Même heure. Même silence. Même routine. Toujours.
Et c’est dans ce presque rien, modestement, qu’il tient debout…
Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.

