
Les ombres du passé
Pablo est Chilien. Ancien prisonnier politique, exilé en France, il a construit sa vie sur un silence obstiné, comme si l’oubli pouvait tenir lieu de protection. Jusqu’à ce que sa fille Victoria disparaisse. Cette brèche l’oblige, trente-cinq ans plus tard, à revenir au pays et, enfin, à se confronter à lui-même. Ne cherche pas le chaos est le roman d’un homme qui a longtemps cru pouvoir faire taire son histoire.
« S’il parvient à oublier Santiago la plupart du temps, la Patagonie est en lui, même quand il veut l’ignorer. Ici, au bord de l’océan, il retrouve le souffle qu’il a perdu dans les grandes villes. Et la naissance de Victoria le bouscule tant. »
Le poids des silences
Chili, 1973, la dictature de Pinochet. Pablo est arrêté, torturé puis incarcéré durant des années. A sa libération, il fuit en France et s’enferme dans le silence. Une deuxième vie commence. Il rencontre Florence, se marie et devient père de Victoria. Son immense bonheur.
Au fil des années, l’amour s’essouffle, les questions se multiplient et Pablo demeure mutique. Pour seule réponse, il récite de la poésie.
Plutôt qu’un discours explicite ou une diatribe, Marion Brunet nous raconte la dictature chilienne à travers une histoire familiale poignante et sensible. Elle la fait passer par les corps, les cauchemars, par les cicatrices qui ne se voient pas mais gouvernent les existences.
« Ce qu’il voudrait dire à Roberto, c’est que le manque exacerbe l’attachement, que la distance évite la déception, qu’il lui était plus facile d’aimer le Chili de loin, que l’exil est une patrie en soi. »
Une écriture de la retenue
La tension est permanente, presque invisible. Une inquiétude sourde ne cesse de grandir au fil des pages. L’écriture est sobre, la langue est resserrée, précise. Ce que Marion Brunet décide de taire résonne autant que ce qu’elle écrit. L’ellipse est une manière de dire l’indicible. Poétiques, certains passages sont d’une grande beauté. L’amour et la tendresse illuminent le récit.
« Toute l’ambiguïté de Pablo réside dans cette association de ses racines au bonheur en même temps qu’à une souffrance aigüe. » Chez Marion Brunet, le politique n’écrase pas l’intime, mais à l’inverse, le révèle dans sa part la plus fragile et la plus incandescente. Blessures de l’exil, mémoire et transmission, poids du passé, toutes ces questions sont au cœur du texte. Comme le Chili, personnage à part entière.
« Mais la mémoire, l’histoire, c’est comme une bobine de fil. Si tu déroules un petit bout, le reste vient avec. Dire un peu, c’est s’exposer à devoir tout raconter. »
Que transmet-on quand on croit avoir tout tu ? Ne cherche pas le chaos invite à oser parler, à accepter qu’une vie puisse se construire avec et non contre son passé. « On peut espérer que nos enfants fassent mieux que nous. » Protéger n’est pas forcément taire.
Ne cherche pas le chaos est publié aux éditions Albin Michel


