
L’essentiel est ailleurs
Je n’en lis pas beaucoup. J’en chronique encore moins. Et pourtant, je n’ai pas vu passer la lecture. Je n’ai pas senti les larmes couler. Comment vous parler de l’insensé, de Manu Larcenet ? En trois mots tout simplement : poignant, bouleversant, profondément humain. Une très grande bande dessinée.
« Dessiner c’est tromper la perception. »
Ce qui reste de nous
Francis est un vieil homme solitaire. Il vit isolé, entouré de ses dessins et de la nature qu’il aime tant observer. Il a connu l’hôpital psychiatrique. Il en a gardé un ami, unique, singulier : Yannick. Un jour, il fait un malaise. le verdict tombe : c’est une tumeur inopérable. Yannick le convainc d’écrire à ses enfants qu’il a abandonnés des années auparavant. Pourquoi leur écrire ? Pour laisser une trace, pour qu’ils le connaissent un peu. Pour leur dire ce qu’il n’a jamais su, ou pu. Il est question de solitude, de regrets, du temps qui passe, de ce qui nous échappe et de ce qui nous maintient debout.
« le rêve est le territoire de l’insensé. »
Quand le dessin est narration
Manu Larcenet fait le choix d’une narration minimaliste. Peu de mots, beaucoup de silences. L’essentiel passe par le dessin, par les regards, les gestes, les paysages. Par cette alternance de couleurs flamboyantes et de noir et blanc, comme une bande dessinée dans la bande dessinée. Deux univers graphiques qui se répondent et expriment tant.
Les pages sont d’une humanité désarmante. C’est celle d’un homme avec ses failles et ses nombreuses blessures. Et pourtant, il conserve une capacité intacte à s’émerveiller devant la nature, à pester contre la pollution lumineuse, à trouver dans les choses les plus ordinaires quelque chose d’essentiel.
« L’espace blanc illimité de la feuille de papier me semblait alors être le seul monde à ma taille. »
Que reste-t-il de nous, de nos choix, de nos absences, de ce que nous avons aimé ? Manu Larcenet fait confiance au lecteur.
l’insensé est une œuvre sur la fragilité de l’existence, sur la place de la création dans une vie, sur les liens que l’on défait et ceux que l’on tente, malgré tout, de renouer. Il bouleverse sans jamais avoir besoin d’en rajouter.
C’est simple et vrai.
Et c’est immense.
l’insensé est publié aux éditions Dargaud.
