Accueil Rentrée littéraire Septembre 2026 Chante méchante – Guillaume Sire

Chante méchante – Guillaume Sire

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Chante méchante Guillaume Sire Calmann Levy
Chante méchante Guillaume Sire Calmann Levy

Le théâtre de soi

Léonie est actrice. Mariée à Sébastien, mère d’Inès et Arthur, elle fut aussi la compagne d’Antoine Besançon, sculpteur retiré à Guernesey après leur rupture. Elle a rendez-vous chez Baltimore, un pneumologue. Tout paraît limpide. Et pourtant… Chante Méchante est un roman aussi surprenant qu’ambivalent, aussi drôle que tragique.

« Aussi loin que je me souvienne, je voulais tuer tout le monde, et tout ce que j’ai fait dans ma vie, même lorsque j’ai été gentille, je l’ai fait parce que j’étais méchante. »

Les masques

Jeux de rôles, jeux de masques, Chante Méchante est le flash-back d’une vie, celle de Léonie, celle d’une succession de masques. Son métier, ses amours, son mari, ses enfants… le récit à la première personne avance par digressions et bifurcations. Une certitude revient comme un refrain : elle est méchante. Pour autant, ses décisions ne le démontrent pas toujours. Guillaume Sire explore avec justesse le décalage entre la méchanceté qu’elle revendique et la complexité de ses gestes. Jusqu’à sa dernière envie : tout plaquer pour partir à Guernesey.

« La pieuvre de ma méchanceté avançait ses tentacules dans les cellules de mon pénitencier en faisant cliqueter son trousseau. »

Le chant des contradictions

L’écriture surprend. Elle peut être très crue, voire régulièrement vulgaire dans la bouche de Léonie. Et en même temps, elle sait être poétique et mélodique. Dans les rimes s’enchâsse le vulgaire. Il fallait oser.

Le titre résume à lui seul toute l’ambiguïté du roman. D’un côté, le chant, la voix, la représentation, de l’autre, la méchanceté revendiquée comme une identité. Entre les deux se glisse Léonie, personnage insaisissable qui ne cesse de brouiller les pistes.
Guillaume Sire interroge la responsabilité, le remords et la part de théâtre qui traverse chacun d’entre nous. Ce n’est pas seulement l’histoire d’une femme qui va mourir ; c’est celle d’une conscience qui se retourne pour regarder ce qu’elle a infligé aux autres, et à elle-même. Ici, le voyage importe autant que la destination.

« Entre nous, c’est l’océan des souvenirs et, au milieu, l’écueil de la Parole. »

Étrange, court, déroutant. 3 adjectifs qui se détachent en tournant la dernière page. Léonie est-elle vraiment méchante ? Qu’a-t-elle inventé ? Qu’a-t-elle tu ?
Guillaume Sire ne répond jamais tout à fait. Il laisse au lecteur le soin d’habiter ces zones d’incertitude. On referme le livre avec davantage de questions que de certitudes. Peut-être parce que nous réinventons tous, consciemment ou non, l’histoire que nous nous racontons de nous-mêmes.

Chante méchante est publié aux éditions Calmann-Levy

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