Accueil Ecriture Défi d’été – Jour 29

Défi d’été – Jour 29

0

Jour 29
Vous avez en tête une scène, une image marquante qui tourne, rôde, que vous avez envie de saisir. Écrivez-la. Il peut s’agir de quelque chose que vous avez en vous depuis longtemps ou une image qui s’invite au moment où vous lisez cette phrase. En tout cas, quelque chose de suffisamment prégnant pour avoir envie de la saisir par l’écriture et pour cheminer avec toute la semaine. Vous aurez au préalable choisi la voix narrative qui vous semble la plus adaptée pour écrire cette scène. Cette scène pourrait s’apparenter à un point de bascule, un moment charnière dans une vie.

Jour 29 — L’eau claire

La veille encore, il y avait le cimetière, les innombrables visages alignés, les concerts de voix basses.
Et puis cette maison où rien ne trouvait sa place, pas même lui.
Ben avait dormi peu, mangé moins encore, comme si tout son corps s’était replié.
Aux aurores, il avait pris la voiture sans réfléchir, juste pour rouler.
Les kilomètres avaient glissé, indifférents, jusqu’à ce qu’il s’arrête. Là.

Une rivière passait, fine, presque timide.
Il est descendu, a longé le sentier jusqu’au bord.
Les pierres mouillées luisaient dans la lumière, et l’eau, d’un vert transparent, dévoilait chaque galet comme un secret qu’elle n’aurait plus besoin de garder.
Il s’est accroupi.
A passé la main dans le courant.
Le froid a saisi sa peau, et quelque chose en lui a reculé.
Puis il l’a laissée entrer.

Le clapotis recouvrait tout.
Les souvenirs, les gestes de la veille, les phrases maladroites entendues et déjà effacées.
Il s’est surpris à respirer plus profondément.
À suivre du regard une feuille qui passait, portée par la surface jusqu’à disparaître au tournant.

Il a pensé à son père.
Pas à l’hôpital, ni au cercueil, mais à cet après-midi d’été, dix ans plus tôt, au même bord de rivière.
C’était juste avant qu’il quitte pour la première fois ses Landes natales.
Ils ne parlaient pas beaucoup.
Ils lançaient des pierres plates sur l’eau, et le soleil leur chauffait les épaules.
Rien d’extraordinaire.
Rien à raconter.
Et pourtant, c’est cette image-là qui restait, claire, comme l’eau sous ses doigts.

Il s’est relevé.
Ses mains étaient rouges du froid, mais plus légères.
Il savait que le manque ne partirait pas.
Mais il savait aussi qu’il pourrait avancer avec.
Comme la rivière avançait, sans se retourner.

Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici