Assassins! – Jean-Paul Delfino

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Le dernier opus de Jean-Paul Delfino avait tout pour me plaire. Il est politique et engagé, il parle d’un grand auteur français controversé dont la mort reste à tout le moins suspecte et il est écrit par un écrivain réputé pour sa belle plume que j’apprécie.

Je remercie par conséquent Héloïse d’Ormesson de m’avoir permis de rencontrer l’auteur et de lire cet ouvrage en avant-première. Encore une fois, je n’ai pas été déçu, loin s’en faut.

La dernière nuit

« Mais il ne crèverait pas comme un chien ! Il était Zola! Emile Zola! Le peintre de tout un peuple! Le porte-parole d’une humanité en souffrance qu’il avait défendue au fil de milliers de pages. un héros tel que lui ne pouvait pas mourir, bêtement dans son lit, à la façon d’un rentier ou d’un bourgeois. Enfin, quoi? IL lui restait tant de choses à accomplir, tant de cathédrales, d’usines, de palais ou de moulins à vent à épingler de sa plume! L’histoire, son histoire à lui, ne pouvait pas s’achever ainsi. »

Jean-Paul Delfino nous conte durant un peu moins de 250 pages passionnantes les dernières heures d’Émile Zola et plus spécifiquement sa dernière nuit, celle du scandale et de toutes les interprétations possibles.

Si la raison de la mort est connue, une intoxication par monoxyde de carbone, quel en est l’origine? Un stupide accident domestique? ou un assassinat « politique »?

Durant douze chapitres, alternant le point de vue de Zola et celui de ses opposants, il  explore ces deux pistes en nous plongeant dans une époque où la violence, l’intolérance, l’antisémitisme et la haine sont quotidiens. Très documenté, d’un réalisme frappant, il dresse un portrait des plus obscurs de la France de cette fin de siècle dans laquelle « tous les coups semblent permis ».

Des histoires parallèles

« Et maintenant? il ne se résumait plus qu’à cette peur. Il s’en allait. on le poussait à partir. Mais qui? Et pourquoi? On l’avait empoisonné? Certainement. ou bien autre chose. Cela n’avait strictement aucune importance de savoir comment l’on mourait. Mais il n’abdiquerait pas sans avoir répondu à ces deux questions. Qui? Et pourquoi? »

D’un côté, Zola passe en revue sa vie. Il se remémore son enfance, son mariage avec Alexandrine, sa Coco, mais également Jeanne, sa maîtresse et mère de ses deux enfants illégitimes. Il évoque ses combats au travers de ses romans, ainsi que l’affaire Dreyfus bien entendu. Aussi attachant qu’émouvant, Jean-Paul Delfino rend un bel hommage à l’italien. Le lecteur ne peut que comprendre et souffrir avec le grand homme, homme politique au sens premier du terme qui se sera battu jusqu’à l’ultime seconde.

« J’en suis sûr. Ce traître ne peut pas être mort assassiné, ce serait contre nos intérêts. Si cette nouvelle venait à se répandre, nous ferions de ce métèque un héros. Et c’est nous qui lui ouvririons toutes grandes les portes du Panthéon. Puis, qui sait? Il se pourrait que nous lui permettions d’avoir une place à l’Académie française, à titre posthume. Décidément non. Vous ferez ce que vous voudrez avec votre journal. Pour ce qui me concerne, ma décision est prise et je n’en démordrai pas. Ce vaniteux est mort par la faute à pas de chance. Vous avez pour habitude de clamer que l’Histoire est écrite par ceux qui tiennent la presse. L’Histoire retiendra donc la version que nous lui servirons. »

De l’autre, Drumont et ses acolytes eux se regroupent et manigancent. Leur but? Renverser la 3ème République, prendre la tête du pays afin de « nettoyer la France des juifs ». Le rôle de l’Eglise est loin d’être neutre… Cette immersion dans le monde du pouvoir est glaçante et édifiante. C’est la politique telle qu’on l’exècre, celle des coups bas, des petits arrangements entre amis et autre travestissement de la vérité.

Une lecture aussi fluide que prenante

« Lorsque Cézanne la lui avait présentée, elle n’était qu’une fille de rue, une grisette. Selon l’humeur, elle se disait modèle, blanchisseuse ou vendeuse de fleurs sur la place Clichy. Pas d’éducation, mais une charpente solide, une nature déjà plantureuse, un regard charbonneux et des éclats de voix à faire sursauter le bourgeois dans la rue. Elle posait pour des barbouilleurs maudits ou sans talent. Pourquoi l’avait-elle choisi, lui, le petit binoclard venu de sa province, pas même dessalé? Cela resterait à jamais un mystère. Ils s’étaient aimés. »

Pouvant se comparait à une enquête, ce roman est aussi original que prenant.

L’écriture est riche et belle. Le style est extrêmement fluide, ce qui constitue un gros point fort du roman. Jamais le lecteur n’est perdu malgré les histoires parallèles. Tout est parfaitement maîtrisé par Jean-Paul Delfino. Ce dernier s’engage, pique, ironise et parfois fait sourire, tant certaines situations trouvent écho avec notre monde contemporain.

Captivant et haletant de la première à la dernière ligne, j’ai beaucoup aimé Assassins! Je ne peux que vous recommander ce superbe hommage à Zola que nous offre Jean-Paul Delfino. Une très belle réussite de cette rentrée littéraire.

4,5/5

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