Accueil Rentrée littéraire Septembre 2026 Choses que je croyais perdues – Clémentine Mélois

Choses que je croyais perdues – Clémentine Mélois

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Choses que je croyais perdues Clémentine Mélois L'arbalète Gallimard
Choses que je croyais perdues Clémentine Mélois L’arbalète Gallimard

Ce que les objets savent encore

Émilie fait ses cartons afin de vider l’appartement qu’elle occupait avec Tristan. Après sept ans de relation, Tristan est parti. Il ne répond plus à ses messages. « le verre à moutarde Musclor que tu aimais bien », une assiette, des pots de confiture ou un rouleau de Sopalin réveillent une émotion, rouvrent une scène, font bifurquer le récit. Choses que je croyais perdues n’est pas le roman d’une rupture ou d’un déménagement, mais une archéologie intime.

« Quand j’ai annoncé à ma copine Sandra qu’on se séparait, elle a dit « J’aime beaucoup Tristan, mais c’est pas trop tôt », puis « Ne t’inquiète pas, tu finiras par trouver le bon : chaque pot a son couvercle. »

L’inventaire comme forme littéraire

Clémentine Mélois installe son récit dans un lieu très simple : celui de l’après. Après l’amour, après les conversations qui n’ont pas eu lieu, après les habitudes qui continuent de hanter les pièces et les objets.

Elle choisit la forme fragmentaire. Le procédé pourrait devenir mécanique. Clémentine Mélois l’évite par l’imprévisibilité de ses digressions et par sa façon singulière de faire surgir la gravité au milieu du dérisoire.

La mémoire ne classe pas, elle insiste. Un objet en appelle un autre, une anecdote en réveille une autre et, sans jamais reconstituer méthodiquement l’histoire du couple, Émilie finit pourtant par la raconter. Tristan est absent alors même qu’il occupe tout l’espace.

Même les journaux utilisés pour emballer les objets entrent dans le jeu. le récit intime d’Émilie se glisse ainsi entre les fragments imprimés du monde extérieur : horoscope, faits divers, prévisions météo. Une mémoire en enveloppe une autre.

« Elle, ce serait plutôt le genre « prenez et mangez-en tous, car ceci est mon velouté de panais livré pour vous ». »

Le chagrin circule

L’humour de Clémentine Mélois irrigue l’ensemble du récit. Il donne le rythme, protège, détourne, esquive. Mais la douleur demeure. le rire ne diminue pas le chagrin. Il lui permet de circuler. Émilie trie, parle, raconte, parfois trop : ces phrases qu’elle aurait voulu prononcer, ces silences qu’elle tente encore d’interpréter. Ici, pas d’affrontement ni de grandes explications définitives.

Le ton est tendre, vif, souvent décalé ou loufoque. Clémentine Mélois fait cohabiter le trivial et la douleur sans hiérarchiser les deux. Les objets futiles paraissent essentiels. On rit franchement à de nombreuses reprises. Et parfois, on se reconnaît.

« Mais les souvenirs sont des fleurs sauvages, ils s’épanouissent où bon leur semble et le plus souvent là où on ne les espère pas. »

Choses que je croyais perdues est un roman de rupture qui transforme le tri des objets en reprise de possession de soi. Les choses ne sont pas sauvées parce qu’elles sont précieuses en elles-mêmes, mais parce qu’elles ont été traversées par une vie. En faisant ses cartons, Émilie ne quitte pas seulement un appartement. Elle découvre que perdre une histoire n’oblige pas à perdre tout ce qu’elle contenait. Il reste encore les choses. Et ce qu’on peut encore raconter d’elles.

Choses que je croyais perdues est publié aux éditions Gallimard.

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