Accueil Rentrée littéraire Septembre 2026 Le nénuphar – Alexandrine Descotes

Le nénuphar – Alexandrine Descotes

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Le nénuphar Alexandrine Descotes Le bruit du monde
Le nénuphar Alexandrine Descotes Le bruit du monde

Écrire la fierté

Dix ans. Dix ans pour remonter le fil d’une histoire familiale. Dix ans après avoir été saisie par un sujet de culture générale consacré à la fécondation in vitro, Alexandrine Descotes entreprend une enquête intime dont Le nénuphar est l’aboutissement.

« Dans la famille qui est la mienne, ce sont les femmes qui racontent. Les hommes, eux, ne se laissent pas interroger. Les récits sauvegardés dans la mémoire de mon ordinateur sont presque tous féminins. Peut-être faut-il des femmes pour dire ce que taisent les hommes. »

Une histoire tue

Jean-Luc, le père de l’autrice, est né avec une malformation. « C’était grave, incurable. du jamais vu. » « Personne ne sait traiter cela », avait conclu le médecin. Et pourtant Colette, sa mère, ne baisse pas les bras. Plus tard, Anne, la mère de l’écrivaine, aura la même volonté. Ainsi naîtra Alexandrine Descotes.
Une question demeure pourtant : pourquoi son père est-il né avec ce « nénuphar » qui allait marquer toute son existence ? Est-ce lié à un scandale médical ?

La construction repose sur un va-et-vient entre deux époques, deux blessures, deux manières de se taire. Entre le présent de l’enquêtrice et le passé familial. Le passé agit sur le présent, il le travaille encore. Patiemment, Alexandrine Descotes avance, cherche, découvre. Il y a une vraie tension narrative dans cette reconstitution du destin. Elle se confronte aux zones muettes, aux seuils de douleur et aux multiples zones de résistance. le récit laisse par moments place à ses doutes et réflexions. Cette présence de l’autrice nous implique dans la recherche.

« Au revers de son apparente assurance, Gérard était un homme à la personnalité complexe, sujet à la mélancolie, dont la sensibilité trouvait refuge dans la littérature et la poésie. »

Une voix de la retenue

Alexandrine Descotes se retrouve souvent face au mur du silence. Elle en fait une matière vive de son enquête. Il protège, il blesse, il organise la mémoire familiale. Comment trouver le bon point d’approche ? Entre dire et se taire, entre révéler et froisser, entre dire la vérité et romancer. On ressent ces tâtonnements dans les premières pages.

Le style dépeint ainsi des êtres abîmés mais combattifs. Il est attentif aux résistances intérieures, aux loyautés familiales, à la pudeur de l’ensemble des acteurs. Point de surplomb ou d’ironie dans son propos. L’autrice choisit une fidélité presque éthique. Elle fait affleurer une émotion juste, fait entendre aussi bien la fierté que la honte, l’amour filial que la fragilité du souvenir. Elle privilégie un lyrisme de retenue, au plus près des faits.

« Un jour, ma mère m’a demandé pourquoi. Pourquoi ce besoin d’écrire sur l’histoire de mon père, quand lui n’a jamais eu envie d’en parler. J’écris pour écraser la honte. Écraser la honte et faire jaillir la fierté. J’écris parce que je suis fière de mon père. »

On comprend aisément en refermant le nénuphar, premier roman à la voix singulière, pourquoi Alexandrine Descotes a ressenti le besoin de l’écrire. Capable d’articuler la matière intime avec une construction maîtrisée, elle transforme un secret familial en une expérience de lecture profondément incarnée et sensible.
En écrivant son père, elle ne cherche pas à embellir ni à réparer. Mais à comprendre. Dans ce premier roman d’une grande sincérité, ce nénuphar qui semblait condamner devient le symbole d’une fierté retrouvée. Tout l’inverse de Boris Vian

Le nénuphar est paru aux éditions Le bruit du monde

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