
L’été des premières
20 juin 1936, Léon Blum octroie les premiers congés payés aux travailleurs en France. Été 1937, Emma en bénéficie pour la première fois. Premières vacances. Première rencontre avec la mer. Premier pas vers une liberté qu’elle ne soupçonnait pas. Congés payés est un roman d’émancipation, un roman social et un roman d’amour.
« Elle est Emma. Pas l’ouvrière humiliée, mais cette femme qui marche face aux vagues qui vrombissent. Debout. »
Un autre monde
Ouvrière parisienne, mère veuve de Julien après le décès de son mari André, Emma part 15 jours dans un cabanon à Biarritz, tout frais payés. L’argent vient de Luis. Un cadeau dont Emma ignore le véritable prix.
Biarritz, ville balnéaire avec ses boutiques de luxe, ses célébrités. Un monde de nantis qui exècre la classe populaire. Emma et Julien en font rapidement l’expérience avec Adélaïde, femme d’Edmond et mère d’Eugénie, qui prétend que la plage lui appartient.
Pour autant, Emma ne se laisse pas faire. Au fil des jours, un espoir naît. Elle ose de plus en plus s’opposer, s’affirmer, devenir pleinement elle-même. Grâce à Edmond. Et à la mer, symbole d’immensité, d’inconnu, de vertige comme de liberté, premier lieu où Emma entrevoit qu’une autre vie est possible.
« Elle aurait préféré garder tout cela sans mots. Laisser cette mémoire tapie dans le silence d’avant la langue. Là où les choses existent sans faire mal. Rester dans ce blanc. »
Devenir soi
Tiffany Tavernier accompagne cette métamorphose par une langue qui change avec son héroïne. D’abord courte, retenue, presque méfiante, elle s’élargit peu à peu à mesure qu’Emma découvre le désir, la liberté, s’autorise enfin à imaginer une autre existence. Elle comprend que la domination et la violence ne sont pas une fatalité. Un autre rapport au corps et une manière nouvelle d’aimer sont possibles.
Le rythme épouse les doutes et les fulgurances d’Emma. La phrase est brève, presque hachée durant les premiers jours, plus ample et vibrante par la suite. Chaque personnage porte sa propre tension : les secrets de Luis, la dureté de Julien, le mépris d’Adélaïde, le désir d’Edmond.
Le contexte politique fait partie de l’intrigue. La guerre d’Espagne fait rage, les réfugiés s’échouent sur le rivage, les rapports de classe s’invitent jusque sur la plage. Tiffany Tavernier allie récit social et émancipation féminine.
« Rien de leur bestialité n’entrera en moi. Et jusqu’au bout, je préserverai, au fond de moi, cette petite part. Ma langue. Celle de ma douleur et de mes cris. Seul reste de mon pauvre corps de gosse, de mon pauvre corps de femme, de mon pauvre corps de mère qu’ils ne me prendront pas ni n’atteindront jamais. Et que je ne leur livrerai pas. Ma langue. Ma résistance, Julien. Ma dignité. Ma loi. »
Loin de tout relâchement et repos, ces quinze jours deviennent un lieu où Emma comprend qu’une autre existence est possible. Tiffany Tavernier rappelle avec beaucoup de justesse que les conquêtes sociales ne changent pas seulement les conditions de vie : elles ouvrent aussi la possibilité de devenir enfin soi-même.
Congés payés est publié aux éditions Sabine Wespieser


