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Défi d’été – Jour 10

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Jour 10 – Mercredi
Écrivez une lettre à l’écrivant que vous êtes. Lola Lafon a un document (elle en a beaucoup en plus de son texte) dans lequel elle se parle à elle-même, où elle fait se rencontrer celle qui ne sait pas encore écrire et celle qui veut écrire. Écrire ce qui hante et de quoi ça parle, l’écrire frontalement.  Si ça vous semble bizarre, tout va bien. Si vous trouvez ça ridicule, vous allez être surpris. Cela permet de poser les choses en face de soi, de les extraire, et écrire les fait exister. Écrivez à l’écrivain que vous voulez être, posez lui des questions, dites-lui clairement ce que vous voulez, oser avouer le pourquoi de votre écriture.

Cher futur moi,

C’est étrange, n’est-ce pas, de m’adresser à toi, celui que je deviens, celui que je crains aussi de ne jamais rejoindre tout à fait. Toi, tu écris. Moi, je tâtonne encore. Je cherche le mot juste, la phrase qui résonne et résiste, ce moment de grâce qui m’échappe, encore et encore.
Une drôle de consigne oui, mais sûrement fallait-il cela : ce face-à-face. Une mise à nu. Une confrontation douce et brutale à la fois.

Dis-moi, qu’as-tu fait de ces peurs qui me grignotent ? Des heures entières à douter, à me censurer, à me relire avec honte, à effacer pour ne pas déranger. Qu’as-tu fait de cette petite voix perfide qui répète : « À quoi bon ? » Est-ce que tu l’as faite taire ? Ou bien l’as-tu apprivoisée, comme on apprivoise la nuit ? J’aimerais que tu me dises que toi, tu n’as plus peur de ça. Que tu ne fuis plus le tremblement.

Tu écris, mais pourquoi ? Moi, c’est pour que ça tienne, pour que quelque chose tienne en moi. Pour respirer plus amplement, pour que les silences cessent d’éclater et de tout saccager à l’intérieur. Parce que sinon, tout semble bancal, incomplet, incohérent, cruel. J’écris pour survivre à la perte, aux manques, à l’indifférence. Pour conjurer l’absence, pour retenir ce qui s’efface, pour ne pas disparaître avec ce que j’aime.

Et toi, est-ce la même raison qui guide tes mots ? As-tu trouvé d’autres chemins, d’autres vérités ? J’aimerais croire que tu as osé davantage, que tu n’as plus peur du jugement, que tu accueilles sereinement la critique et surtout l’indifférence. Moi, je lutte encore avec tout ça, chaque jour.

Ce que j’écris, ce sont des fragments d’humanité, des murmures de vie ordinaire, des portraits sensibles de ceux qu’on n’entend pas toujours. Je veux que mes mots disent l’invisible, l’essentiel caché derrière l’apparence des choses. Je veux qu’ils touchent, qu’ils réveillent, qu’ils consolent peut-être aussi. Est-ce trop ambitieux, dis-moi ? As-tu réussi à rendre justice à ces intentions ?

Cher futur moi, surtout… dis-moi que tu es libre. Pas célèbre, pas reconnu. Libre. Libre d’écrire sur ce qui compte vraiment. Même l’insignifiant. Surtout l’insignifiant. Libre de déranger. Libre de ne pas plaire. Libre d’assumer cette part de vulnérabilité que j’essaie encore de cacher sous des formes polies.

Moi, j’ai encore peur. Peur d’écrire faux. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur d’écrire sur les autres sans les trahir. Peur d’écrire sur moi sans me trahir non plus.

Et puis, il y a ces gouffres. Celui du deuil que je traîne depuis dix-neuf ans sans vraiment avoir osé regarder en face. Celui de l’éloignement, de celle qui grandit sans moi, que je ne connais pas, et qui ne me connaît pas. Celui de l’argent, ou plutôt du manque, qui ronge en silence, chaque fin de mois plus violente que la précédente. Comment es-tu passé outre ?

Et pourtant, j’écris. Mot après mot. Parce que c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour rester debout.

Je t’attends, je te rejoindrai. Non pas en courant, mais en écrivant. Lentement. Sincèrement. Jusqu’à ce que nos voix se confondent. Jusqu’à ce que l’écriture ne soit plus un combat, mais une nécessité pleinement assumée.

Avec admiration et détermination,

Celui que tu étais, que tu es encore un peu, et que tu seras toujours.

Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.

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