Les derniers jours furent consacrés à la relecture, réécriture, lecture à voix haute. Des coupes, des ajouts. Sans intérêt de publication.
Hier, la meilleure et la pire chronique. Trop personnel.
Aujourd’hui, c’est différent. C’est important.
Jour 41
Posez-vous la question de l’intention de votre texte et écrivez le sur une feuille : ce que vous voulez poser comme question avec ce texte, le mouvement que vous voulez provoquer chez le lecteur, les obsessions que ce texte révèle.
Tout commence avec lui.
Avec ce texte écrit sur mon père.
Je croyais que c’était un fragment parmi d’autres. Non : c’est le centre. Le noyau dur. Tout ce que j’ai écrit jusque-là y menait, même à mon insu. Chaque silence, chaque détour par la fatigue ou le vide pointait vers cette écriture-là, celle que je n’osais pas.
Je comprends pourquoi je tournais en rond depuis des années. Tant que ce texte n’existait pas, tout le reste sonnait creux. J’écrivais à côté. Écrire sur mon père, c’était écrire à la racine. J’ai fini par le faire. Enfin.
Qu’ai-je posé là, exactement ?
Le récit d’un matin de perte. Le souvenir d’un vol de palombes. L’écho d’une voix disparue. Mais aussi plus que cela : une tentative de retenir une présence qui s’efface, de donner forme au silence. Dans chaque geste noté — le bol vide, le poing contre le mur, les mains sur la rambarde du pont — il y avait ce combat : ne pas se laisser happer par le néant.
Ce texte est douloureux, certains diraient nombriliste. Mais il a ouvert quelque chose. Il m’a permis d’accepter. Non pas la mort — qui le pourrait ? — mais l’idée que je peux vivre avec. Que le manque peut se dire. Que le silence peut se traduire en mots.
Peut-être que Un été avec les mots n’est que cela : apprendre à écrire l’absence.
Mais je voudrais qu’il dépasse ma seule histoire. Que le lecteur y trouve son écho. Que la tasse abandonnée, le silence d’une maison, la fatigue après les obsèques deviennent des images où il reconnaîtra ses propres pertes, ses propres mutismes.
Mon désir est simple : provoquer un mouvement. Qu’on referme le livre en se sentant moins seul. Comprendre que la mémoire ne s’éteint pas quand elle s’inscrit en mots. Que les disparus continuent à vivre autrement : dans le tremblement d’une phrase, le battement d’une aile, le souffle de l’eau qui suit sa route.
Mes obsessions se dessinent clairement :
- La peur du silence.
- Le besoin de transformer chaque détail en signe : une pierre, un sac plastique qui vole, une miche de pain chaude.
- L’obsession de transmettre : non pas seulement garder, mais tendre la main.
Alors je rêve un peu plus grand. Un été avec les mots ne serait pas qu’un carnet de plus. Pas une suite de réponses à consignes. Ce serait une traversée. Un chemin qui commencerait dans l’ombre — dépression, deuil, fatigue — et qui, pas à pas, ouvrirait vers la lumière. J’aimerais que le lecteur marche avec moi et qu’il finisse par respirer mieux.
Voilà l’intention : écrire un livre qui naît d’un mal-être, passe par une révélation inattendue, le silence d’une chambre, et s’achève sur un sourire tourné vers l’avenir. Dire qu’on peut transformer la perte en passage, et l’absence en élan. Dire que la vie demeure belle, quoiqu’il advienne.
Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.

