
L’été des failles, entre lumière et ombre
Quatre hommes, groupe d’amis depuis le lycée, se retrouvent en vacances durant l’été à Pittsburgh. C’est la première fois qu’ils se retrouvent tous ensemble depuis six ans. Deux mois dans une résidence avec piscine. Sur le papier, les retrouvailles promettent insouciance et complicité. Mais très vite, les silences remontent, les blessures suintent, et l’été se fissure peu à peu.
« Tim était, de nous quatre, celui qui avait le moins changé. En six ans, il s’était à peine élargi, toujours aussi fluet et pâle qu’à l’adolescence, des taches de rousseur et quelques boutons roses sur le nez, aucune pilosité faciale, des cheveux longs et roux. Il dégageait cette même présence simple et timorée qu’au lycée. C’est lui qui m’avait invité au club de théâtre, où j’avais ensuite rencontré Régis, Lio et Andie. »
Une amitié qui ne tient qu’à un fil
Jo, le narrateur devenu sapeur-pompier, est le dernier à arriver. Il rejoint Tim, Régis et Lio. Seule Andie manque à l’appel. On pressent d’emblée une tension entre eux, des failles plus ou moins masquées et un drame qui les lie. Cette sensation est exacerbée par l’utilisation du passé dans la narration et des évocations par touches dispersées dans le récit. Il y a toujours ces défis malsains qu’ils se lancent, comme celui de faire nager Lio dans le fleuve pollué, lui l’obsessionnel de la propreté. Cette communication impossible, qui érode la confiance et gangrène les relations. L’unité du groupe n’est qu’un théâtre d’apparences où les blessures d’hier n’ont jamais été pansées.
« Ces défis étaient presque impossibles à refuser. Ils ont régi nos vacances, fait plier nos volontés à leurs lois, aussi cruelles qu’elles pouvaient être. Elles s’étaient ancrées en nous depuis le lycée, et retrouver leur logique, leurs sanctions, leur adrénaline, c’était retrouver l’ivresse du club de théâtre qui avait vu naître notre amitié. »
Une écriture sensorielle
Pauline Vetter excelle à restituer la densité de l’été : chaleur, odeurs, bruits, tout concourt à plonger le lecteur dans une ambiance presque étouffante. Les descriptions, extrêmement précises et évocatrices, donnent au texte une texture sensorielle remarquable. Cette immersion est l’une des grandes réussites du roman : on ressent physiquement la moiteur des jours, la lourdeur des silences, la lumière qui écrase les personnages et les doutes qui les consument. Tout est millimétré — les silences, les gestes, les répliques — et pourtant rien ne pèse. L’écriture respire, même au bord de l’asphyxie.
« Qu’y avait-il à exiger de la vie, à notre âge, que de rire tous les cinq jusqu’à manquer d’air ? »
Un été contraire est un roman d’atmosphère d’une justesse poignante, d’une densité trouble. Il nous enveloppe, nous saisit à contretemps. On en ressort glacé, comme saisi par la moiteur même du récit. Comme une obsession que l’on tue, une adolescence que l’on quitte à jamais. C’est fort. Pauline Vetter séduit dès son premier roman.
Un été contraire est publié aux éditions Asphalte


