
Porto Rico dévasté
Après Austin, Texas, puis les espaces frontaliers et cartellisés de ses précédents romans, Gabino Iglesias installe son barrio noir à Porto Rico, son île natale. La maison des os et de la pluie est une histoire de vengeance traversée par la pauvreté, le deuil et la catastrophe. Mais c’est surtout un roman sur l’amitié, et sur ce qu’elle exige lorsque la fidélité conduit à l’irréparable.
« On aurait dû refuser tout net, mais Bimbo était désormais un prêtre à l’église de la haine, nous invitant à prendre part à une sorte de rituel de la violence. »
Amitié et vengeance
María, la mère de Bimbo, est assassinée. Alors que les cinq amis se lancent à la recherche de ses meurtriers, un autre María arrive : l’ouragan qui va dévaster Porto Rico. Brutalité humaine et phénomène météorologique se juxtaposent. Gabe, Bimbo, Paul, Tavo et Xavier avancent dans un monde qui se fissure de toutes parts.
Nous sommes dans le roman noir pur : un meurtre, un commanditaire, des tueurs et une expédition punitive. Pourtant, le livre ne se réduit pas à cela. Gabino Iglesias y ajoute les pratiques religieuses, les croyances liées aux morts, les mythologies caribéennes. Peu à peu, une autre réalité se révèle.
« Il suffit que les détails qui nous donnent l’illusion d’appartenir à une civilisation avancée disparaissent pour qu’on prenne conscience de ce qu’on est vraiment : des mammifères bipèdes qui cherchent en permanence à baiser et à s’entretuer. »
À la croisée des genres
L’horreur s’installe sans que le lecteur ne s’en aperçoive vraiment. Tout se passe sans véritable rupture. La frontière entre hallucination, croyance et ce qui semble être la réalité du quotidien est quasi invisible. Contrairement à la peur dont l’emprise est de plus en plus palpable.
Gabino Iglesias est un auteur singulier. Il brouille les genres. Il parle autant de ceux qui veulent se venger que de cette fraternité entre mecs au seuil de l’âge adulte, de ceux qui portent leurs morts que de ceux qui tentent de donner un sens à la violence qui les dépasse. Et surtout : Porto Rico, son île. L’ouragan ne détruit pas seulement les maisons. Il met à nu ce qui était déjà là : la pauvreté, l’abandon, les inégalités. Et cette solitude d’un peuple lorsque tout s’effondre.
Le récit est physique, cru et parfois extrêmement violent. Gabino Iglesias ne fait pas dans la demi-mesure. Il dépeint la dureté jusqu’à l’excès, ce qui pourra déranger celles et ceux qui fuient les scènes macabres.
« Nous vivons entourés de fantômes, et toutes les histoires sont des histoires de fantômes. »
La maison des os et de la pluie est un roman noir viscéral, ambitieux et profondément singulier. Plus ample et plus collectif que ses précédents livres. Les vivants poursuivent les morts, les morts accompagnent les vivants et pendant ce temps, l’ouragan emporte les dernières certitudes.
La maison des os et de la pluie est publié aux éditions Sonatine


