Accueil Rentrée littéraire Septembre 2026 Vous, Madame – Charlotte Milandri

Vous, Madame – Charlotte Milandri

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Vous, Madame Charlotte Milandri Arléa
Vous, Madame Charlotte Milandri Arléa

Trente ans

« Dans cette maison de la morte qui – ». L’impossibilité de poursuivre. La peur ? la honte ? le déni ? le blocage dura 30 ans. Mensonges, dissimulations, incompréhensions. Jusqu’à une phrase du père de Jeanne, lors d’un repas familial. Jusqu’à ce que ses mots aient le rôle d’électrochoc. Jusqu’à ce que Jeanne ose enfin. Vous, Madame est un texte bref mais ô combien intense, volcanique.

« le silence a un bruit, celui des corps, des vêtements qui frottent des peaux qu’on gratte, des bouches que l’on ferme, des dents que l’on serre. »

Les preuves

Jeanne ose. Elle entre par effraction dans la maison de la défunte. Dans la maison de Madame P., sa professeure de sport au collège. Se confronter enfin à son passé. Effacer les doutes. Chercher des preuves que tout cela a existé. Qu’elle n’a rien inventé. Mais aussi confronter l’ambigüité de la mémoire : ce qu’elle a enfoui, ce qu’elle a reconstruit pour avancer.
Démarre une sorte de huis-clos avec soi-même. Plus Jeanne avance dans la maison, moins elle cherche des indices que des fragments d’elle-même. Chaque porte ouverte est aussi une tentative de réconcilier sa mémoire avec la réalité.

« Les enfants que l’on ne touche pas avec les gestes autorisés sont les proies faciles des gestes interdits »

Une plume sèche et minimale

13 chapitres, 100 pages. Pas d’effets superflus, pas de débordements. Charlotte Milandri refuse tout spectaculaire et tout pathos. Majoritairement des phrases courtes, parfois inachevées. Une écriture sèche, saccadée. Des coups de poignards qui percutent. Comme si la langue elle-même portait la trace de ce qui a été tu.
Ce style minimal et fragmentaire laisse des blancs. Il s’insinue. le propos n’en est que plus fort. Difficile à oublier une fois le livre refermé.

« Je ne sais pas à quoi sert la pudeur sinon à éloigner les gens ».

Vous, Madame pourrait se résumer à 4 lignes. L’écrire, c’est l’assumer. L’assumer, c’est être libre. 4 lignes synonymes de liberté. « C’est ici que ça commence ». Ouvrez ce texte si sensible, si sincère, si nécessaire. Ouvrez ce texte qui transforme le silence en parole, qui dit sans édulcorer. Et parlons-en, parlez-en autour de vous. Pour que la parole soit toujours plus forte que le silence, pour que l’enfant soit écouté, aidé. Sauvé.

Vous, Madame est publié aux éditions Arléa.

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