
Le vase brisé
Jean Deichel est un jeune homme brillant de 22 ans. Titulaire du CAPES et de l’agrégation, il découvre l’enseignement comme stagiaire au collège Saint-Exupéry à Mantes-la-Jolie, un collège difficile en banlieue parisienne. C’est sa vocation. La solitude des professeurs est infinie explore les désillusions d’une vocation, les joies trop rares de la transmission et la solitude qui peu à peu les enveloppe.
« A bout de nerfs et trempé de sueur : ainsi commença ma vie de prof. »
La faute
Au début des années 90, les professeurs ne recevaient aucun conseil pédagogique ou psychologique. Ils n’avaient aucune expérience d’une salle de classe. Ils maîtrisaient leur discipline, mais rien ne les avait préparés à la réalité d’une salle de classe. Jean Deichel va rapidement en faire l’expérience. le lecteur suit une chronique intérieure de sa condition enseignante. Fatigue des transports interbanlieues, désillusions du métier, violence du quotidien. Jusqu’à cette soirée cauchemardesque de fin d’année et un événement qui hantera son existence.
Le Zohar devient sa boussole intérieure, une manière d’habiter sa faute, de donner un sens au vase brisé qui revient sans cesse.
De la tragédie grecque au Zohar, en passant par le kintsugi japonais, Yannick Haenel fait de la brisure non plus une condamnation, mais un chemin.
« le cercle que la solitude dessine autour de vous peut bien vous apparaître pur (comme la ligne que trace un peintre d’une main ferme) – une telle pureté, à la fin, vous étouffe. »
La recherche de la lumière
Yannick Haenel ne cherche pas à résoudre les tensions du métier d’enseignant, ni à donner de grandes leçons ou proposer des diagnostics sociologiques, mais à les habiter, à en montrer l’extrême violence et la beauté, et à interroger, à travers la solitude des professeurs, la possibilité encore d’une parole juste, ce que signifie encore parler, enseigner, transmettre.
L’écriture est fine, exigeante, tendue vers l’expérience intérieure. Lorsqu’il décrit les fractures sociales, la violence scolaire ou les inégalités territoriales, le roman emprunte des chemins déjà largement explorés. C’est lorsqu’il s’en éloigne pour sonder la vie intérieure de Jean Deichel qu’il devient véritablement singulier et passionnant.
La poésie est omniprésente. Comme l’écrit l’auteur, « Il y a des paroles qui s’adressent à la solitude, et c’est elles que je cherchais. »
« Les écrivains parlent de nous, ils parlent à notre place ; on ne les lit pas pour avoir de bonnes notes, ou parce que c’est de la « culture », mais parce qu’on a soif. C’est à partir de notre soif que nous lisons. Lorsqu’on étanche sa soif, on a enfin une vie ; elle ne cesse plus de s’élargir – elle s’éclaire. »
La solitude des professeurs est infinie dépasse largement le récit d’un apprentissage professionnel. C’est le roman d’un homme qui cherche, au cœur de la faute, une parole capable de rendre à nouveau le monde habitable.
La solitude des professeurs est infinie est publié aux éditions Gallimard.


