Accueil Rentrée littéraire Septembre 2026 Je suis né dans la tempête – Jérôme Colin

Je suis né dans la tempête – Jérôme Colin

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Je suis né dans la tempête Jérôme Colin
Je suis né dans la tempête Jérôme Colin

Apprendre à habiter l’imprévisible

9 janvier 2007, une date pas comme une autre : l’iPhone apparaît sur scène et le monde est emporté par l’accélération générale. C’est ce jour-là également que naît Valério, « dans une Alfa Roméo 159. ». Je suis né dans la tempête relate les seize premières années de sa vie, dans un monde où tout s’emballe, où le vacarme numérique, social et affectif remplace peu à peu les temps morts, les silences et les refuges.

« Ce soir-là, j’apprends deux vérités empoisonnées : Qu’il n’y a rien de meilleur qu’accélérer. Et que, pour survivre, il faut aller toujours plus vite afin que les choses qu’on a laissées derrière soi ne nous rattrapent jamais. »

Vertige numérique

Valério grandit dans un petit village, avec pour horizon un terril, auprès d’une mère qui tente de joindre les deux bouts après le décès prématuré de son mari. Contrainte de prendre un poste supplémentaire pour augmenter les revenus de la famille, elle envoie Valério en vacances chez ses grands-parents en Italie. Un séjour qui marquera le jeune garçon plus qu’il n’y paraît.

Valério est lent. Chez lui, il a du mal à trouver sa place. A l’école, c’est encore pire. Sauf paradoxalement lorsque le Covid impose le confinement. Comme chez Nonno et Nonna, ses grands-parents italiens, il apprend une autre manière d’habiter le monde, celle où on prend le temps d’apprécier de vivre.

« Il ne restera rien. Seulement des alignements de rideaux de fer baissés. Dans les rues qui ne produiront plus que du logement. Mais ce n’est pas grave, n’est-ce-pas, tant que la livraison est gratuite et que le colis arrive à temps. »

Résister

Il y a de la vitalité, de la tendresse, des dialogues remarquables et une réflexion d’une grande justesse sur notre époque. L’écriture est épurée et limpide. le récit entraîne le lecteur sans jamais sacrifier la profondeur de sa réflexion. Jérôme Colin ralentit volontairement notre lecture, comme pour nous faire éprouver ce que son personnage cherche désespérément à préserver : un rapport au temps qui ne soit pas dicté par l’urgence.
À travers la connexion permanente et la place grandissante des écrans, il montre comment le numérique façonne peu à peu nos émotions, notre attention et notre manière d’habiter le monde. le roman ne condamne jamais frontalement. Il laisse les situations parler d’elles-mêmes. Les passages sur l’enseignement à l’école sont lumineux. Qu’est-ce qu’éduquer ? C’est Bernard, le professeur remplaçant, qui en parle le mieux.

Mais l’accélération n’est pas seulement technologique. Elle est aussi sociale. La mère de Valério court sans cesse pour maintenir la famille à flot, laissant malgré elle le numérique occuper les espaces qu’elle ne peut plus habiter.

« À quoi sert l’école ? Au tableau, il écrit : À apprendre à habiter l’imprévisible et à penser dans l’incertain. »

« Si tu étais le diable, comment ferais-tu pour détruire les futures générations d’être humains ? » Cette question que pose Valério revient de manière récurrente. La réponse de la machine gagne en précision jusqu’à devenir glaçante.

À l’heure où tout semble devoir aller toujours plus vite, Jérôme Colin rappelle que résister commence peut-être par réapprendre à habiter le temps. On referme Je suis né dans la tempête avec l’impression que la lenteur n’est pas une faiblesse, mais une manière de préserver ce qui nous rend encore pleinement humains.

Je suis né dans la tempête est publié aux éditions Allary.

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