Accueil Rentrée littéraire Septembre 2026 Un marché noir – Bérénice Pichat

Un marché noir – Bérénice Pichat

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Un marché noir Bérénice Pichat Les Avrils
Un marché noir Bérénice Pichat Les Avrils

Les visages de la survie

Elle s’appelle Servane. Elle a faim. De nourritures mais aussi de vivre. 

Lui c’est Grégoire ou Paul. Il trafique et vit de combines. 

A Paris en 1943, durant la seconde Guerre Mondiale, « il faut se débrouiller avec les moyens du bord. » Chaque geste peut relever de la survie, de la faute et du courage. Avec Un marché noir, son deuxième roman, Bérénice Pichat met le lecteur face à lui-même et l’inconfort des choix impossibles.

« C’est donc vrai : les principes ne tiennent pas longtemps face à la douceur des billets qu’elle froisse dans sa poche, face à la promesse de rapporter chez elle de quoi revivre enfin. »

Vivre 

Certains n’ont rien, d’autres abusent. Résistance et compromission. Est-ce si simple ? Si net ? Servane veut vivre son adolescence à fond. Elle a faim… quitte peut-être à faire les mauvais choix. Naïve, déterminée, elle ose. Elle suit son amie Rosa. Et découvre comment être utile, servir, en s’engageant dans un réseau secret. 

Puis le roman bascule avec Paul. Trafiquant désargenté, il pense que tout s’achète, même la liberté. « Puisque tout est lié à l’apparence et que lui excelle à se transformer, il y trouve parfaitement sa place. » Cynique, homme de petits calculs et pour autant humain, il sait que Vichy resserre l’étau, que la dénonciation transforme les rues en lieux de danger permanent. Sans parler des concierges…

« Mais les visages changent dès qu’il tire de sa sacoche savons ou cigarettes – cette monnaie d’échange fait toujours des miracles, les langues se délient et les buffets s’ouvrent. »

Désir de dignité, logique de survie

Avec Un marché noir, Bérénice Pichat s’intéresse à la manière dont l’Occupation travaille les habitants, les âmes ordinaires. Ce n’est pas le spectaculaire qui l’intéresse ici, mais davantage les logiques de survie, les désirs de dignité. Elle écrit au plus près des corps et des consciences, là où la grande Histoire s’écrit en gestes équivoques et en fragiles élans de liberté. 

Si on retrouve quelques passages en vers libres comme dans La petite bonne, son premier roman, elle privilégie ici une prose plus conventionnelle, plus directe, sans jamais perdre la tension morale. Dense émotionnellement, rythmé par l’urgence et très romanesque, son style se marie parfaitement à une intrigue clandestine où l’essentiel s’exprime en ellipse.

« Elle connaît désormais le prix exact de la honte, mais pour l’instant, elle refuse absolument d’y penser. »

Avec Un marché noir, Bérénice Pichat confirme son talent d’écrivaine attentive aux failles humaines et au moment où leurs principes vacillent. Avec une intrigue en jeu d’échos au dénouement fort, dans les caves, les arrière-cours et les silences de l’Occupation, elle rappelle surtout que la faim brouille toutes les certitudes. Les destins ne sont jamais écrits d’avance.  

Un marché noir est publié aux éditions Les Avrils

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