Défi d’été – Jour 43

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Jour 43
Je vous propose d’écrire l’oubli. Comme cette consigne est étrange. Je ne vais pas expliquer cette consigne davantage. Je vous laisse la saisir comme vous l’entendez. Mais qu’il soit question de l’oubli.

Jour 43 — L’oubli

J’ai peur de l’oubli.
Pas de celui qui égare des clés ou des dates. Mais de l’autre, celui qui avale les visages. Celui qui ronge les voix. Celui qui dissout l’odeur d’une peau dans le vide des années.

Il m’arrive de chercher. Une intonation. Un éclat de rire. Le timbre d’un mot prononcé par toi. Je tends l’oreille, je ferme les yeux, je m’y jette de toutes mes forces. Mais je ne retrouve rien. Juste un mutisme compact. Comme si ta mémoire en moi s’était cassée net.

Alors je me demande : qu’est-ce qui meurt vraiment quand on oublie ? Toi ? Moi ? Ou ce fil invisible qui nous tenait encore ensemble malgré l’absence ?

Il paraît que l’oubli apaise. J’en doute. Je n’y vois qu’une trahison lente. Une falsification de ce qui a compté. J’aurais voulu garder chaque détail intact. Tes yeux. Tes gestes. Tes colères fulgurantes. Même tes silences. Mais déjà ils se délitent. Déformés, lissés, jusqu’à devenir méconnaissables…

Écrire est devenu ma seule arme. Des mots contre l’effacement. Même si je sais qu’un jour, mes phrases aussi seront mangées par l’oubli. Mais au moins, j’aurai résisté. Un peu. Beaucoup. Passionnément. A la folie.
Comme l’écrit Raphaël Sigal dans Géographie de l’oubli, « pour m’endeuiller de mémoire et m’emmitoufler d’oubli ».
Jusqu’au bout, contre l’oubli.

Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.

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