Jour 12 – Vendredi
Imaginez une conversation, un dialogue avec quelqu’un à qui vous devez expliquer ce que vous voulez écrire et qui ne comprend pas. Il s’agit bien d’une conversation donc d’un langage parlé, oral (vous allez ainsi pouvoir découvrir la difficulté du dialogue, mais peu importe la forme, c’est le contenu). Le but de cet exercice est de tenter de mettre en mot ce que vous voulez raconter, d’imaginer la contradiction, la conversation qui oblige à affirmer et préciser.
Jour 12 – Je veux écrire ce qui résiste
— Alors attends, tu veux écrire quoi exactement ? Un livre sur un médecin ? Dans les Landes ? C’est pas un peu du déjà vu, ça ?
— Pas vraiment. Ce n’est pas un livre sur un médecin, c’est un livre à travers lui. Un homme qui écoute, qui recueille. Un homme fatigué mais lucide, au bord de quelque chose… un peu comme moi.
— Ouais… mais il se passe quoi ? Il y a une histoire ? Une intrigue ? Des rebondissements ? Un truc qui t’accroche ?
— Il se passe la vie. La vraie. Pas spectaculaire, mais essentielle. Ce sont des confidences, des silences, des moments suspendus. Des éclats d’intimité. Des gens qu’on n’entend jamais. Des douleurs ordinaires. Et lui, il les écoute. Il les garde. Il les rend visibles. C’est tout.
— C’est tout ? Mais un roman d’atmosphère, aujourd’hui, personne n’en veut ! Les gens, ils veulent qu’il se passe un truc, non ? Un retournement, un twist, une surprise…
— Justement. Je ne veux pas surprendre, je veux toucher. Pas divertir, mais relier. Tu vois ? Je veux que celui qui lit se sente moins seul. Qu’il se dise :
« Moi aussi, j’ai ressenti ça. »
Je veux écrire un livre qui berce et qui remue. Qui parle doucement, mais longtemps.
— Mouais. Et c’est quoi, ton style ? Parce que si c’est juste de la « contemplation » …
— C’est de la contemplation vivante.
Je veux mêler une prose simple, presque dépouillée, à des élans poétiques. Des phrases qui respirent. Des images qui vibrent.
Parfois des dialogues très courts, parfois de longs monologues intérieurs. C’est un rythme. Un battement. Tu sais, un peu comme marcher dans une forêt : t’avances, tu t’arrêtes, tu observes, t’écoutes, tu respires. Tu te laisses porter.
Tu veux un exemple, je le sens. Tiens, écoute ça.
C’est rien de spectaculaire, juste une scène de la vie. Mais pour moi, ça dit tout.
« Depuis toujours, ses patients lui offraient des présents : des asperges ou des fraises au printemps de la famille Lafaye, des prunes ou des framboises ensuite de la part de la famille Pommier et enfin des bécasses ou des palombes lorsque l’automne arrivait. Il était gâté et toujours gêné de cette générosité pourtant symbolique de l’esprit rural. À son tour, il offrait lors de ses visites à domicile aux plus âgés des conserves de salmis de palombes ou des cèpes, ces bolets au pied obèse orné d’un fin réseau blanc, à la chair ferme et immuable, dont les pores en vieillissant, virent au jaune olivâtre. Un délice pour les papilles, un des champignons les plus goûteux que les landais avaient la chance de trouver sur les sols acides de leur forêt. Antoine connaissait des endroits et entretenait le secret de ces lieux. »
— Mouais. En fait, ça parle de toi, au fond, non ?
— Bien sûr. Pas directement. Mais oui.
Il y a le deuil que je ne digère pas. La paternité compliquée. Le gouffre financier. La peur d’échouer.
Mais surtout, il y a cette envie de croire que malgré tout, quelque chose en nous résiste.
Et que la beauté existe encore, même dans les coins les plus cabossés ou les plus isolés.
Ça ne te surprendra pas, toi qui me connais un peu. J’ai aussi écrit ça :
« Il savait reconnaître les silences où il ne fallait pas entrer. Ceux qui n’attendaient ni conseil, ni consolation. Seulement une présence. Parfois, il restait là, assis, sans dire un mot. Et c’était suffisant. »
— Bon… Tu m’intrigues, je dois l’admettre. Mais sérieusement, bro, tu penses que quelqu’un aura envie de lire ça ?
— J’espère.
Non.
Je crois.
Et même si ce n’est qu’une seule personne… alors ça en vaut la peine. Vraiment.
Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.

