Jour 13 – Samedi
L’exercice que je vous propose aujourd’hui est dérangeant. Vous voilà prévenus. Vous devez commencer à comprendre que pour moi, l’écriture a à voir avec ce que l’on tait, ce que l’on ne peut pas saisir autrement que par elle. Il ne s’agit pas de thérapie, c’est un autre cadre, d’autres enjeux ; l’écriture permet une réappropriation de soi, une manière d’explorer les choses tues. Olivia Rosenthal est une romancière et dramaturge, qui expérimente des formes, des manières de saisir l’écriture. Elle a écrit notamment Un singe à ma fenêtre, un roman qui porte en soi le rapport à l’écriture (elle obtient une bourse pour aller écrire sur les répercussions des attentats au gaz sarin de 1995 au Japon mais elle se rend compte que l’écriture l’invite ailleurs, sur d’autres trajectoires). Voici l’extrait que je vous propose de prendre comme support pour la consigne d’aujourd’hui :

Répondez-y avec le plus de franchise possible, ou si vous n’avez pas envie de le faire en vous prenant comme sujet, faites-le pour vos personnages ou pour un personnage fictif, le secret que quelqu’un porte permet d’affiner une psychologie et surtout de fabriquer des failles à un personnage, ce qui est nécessaire pour créer l’empathie du lecteur (même si le personnage est antipathique, oui oui).
Les jours passent, et écrire, c’est de plus en plus cela : ouvrir doucement les poings fermés de mes silences. Ce texte n’est pas une confession. C’est une tentative — fragile, vacillante, nécessaire — d’éclairer à voix nue ce qui, jusqu’ici, était resté dans l’ombre. Parce que certaines vérités ne tiennent debout qu’une fois écrites.
Jour 13 – À l’endroit des failles
Les consignes s’enchaînent. Le vertige. Prodigieux. Qui m’avait prévenu ?
Ce rendez-vous avec moi-même, au plus profond, au plus dérangeant.
Nécessaire ? Salvateur ? Hier c’était déjà vertigineux. Aujourd’hui, je n’ai pas les mots.
Mes failles… Je les ai effleurées dans mes précédentes publications.
Est-ce utile d’y revenir ? Si j’en crois l’exercice du jour… oui.
Je les cache depuis longtemps. À peine dissimulées derrière mes silences, mes paroles sans fin ou mes clins d’œil d’ironie.
Je les cache parce que je ne sais pas quoi en faire. Parce que j’ai peur qu’elles ne soient pas si graves. Ou trop dérisoires. Ou pire encore : simplement ordinaires.
Je les cache parce que je ne vois pas l’intérêt de les exposer.
Je cache que je n’ai pas fait le deuil de mon père. Dix-neuf ans plus tard, je me surprends à vouloir encore lui dire des choses. Savoir s’il serait fier. Comment il s’y serait pris. Et surtout, à me faire remettre à ma place.
Alors oui, j’en parle ici depuis deux semaines. J’ai écrit sur l’un de ces doubles fictionnels. Ni tout à fait lui, ni tout à fait un étranger.
Dois-je aller plus loin ? Oui. Mais j’hésite. Je tergiverse. J’ai peur de ce que je pourrais déterrer.
Je cache que je suis inquiet. Que l’argent manque. Que le vertige me prend chaque soir, un peu plus fort, quand je regarde les chiffres et que je n’y vois plus de solution simple.
Le fait que ça se renouvelle, comme une chute récurrente et de plus en plus violente, me terrifie.
J’en parle sans en parler.
Je cache ce rapport trouble à l’alimentation que j’ai toujours nié.
Y penser sans cesse. Manger. Toujours. Équilibré, obsessionnellement.
Jusqu’à la limite : peser, contrôler, me priver.
Et puis il y a ce gouffre immense. Celui-là, je n’ai pas encore totalement les mots.
Et pourtant, il faudra bien…
Je cache la véritable raison pour laquelle j’écris.
Banalement, je dis : j’écris pour ne pas tomber.
Parce qu’écrire est devenu, peu à peu, la seule manière de dire ce qui ne tient plus debout autrement.
Je cache que j’aimerais, moi aussi, qu’on me prenne dans les bras sans rien dire.
Qu’on me dise que ça va aller, même si ce n’est pas vrai.
Qu’on me voie pour ce que je suis. Vraiment.
J’ai peur d’être transparent. De ne laisser aucune trace.
Tant de situations me le laissent croire. Correction : j’interprète ainsi.
Je ne m’en plains que peu. Mais ça me ronge. Insidieusement. Silencieusement.
Et parfois, par réflexe, je cache même que j’aime encore. Intensément.
Mais je commence à comprendre que ce que je cache, c’est justement ce qu’il faudrait écrire.
Aller puiser au fond de moi.
Pas pour m’exhiber.
Pas pour me plaindre.
Pour m’exprimer.
Pour m’accepter.
Pour ne plus m’excuser d’être ce que je suis.
Moi. Imparfait.
Parce que ces failles-là, si je les éclaire doucement, peuvent peut-être, un jour, en aider un autre à se reconnaître.
C’est ce que j’ai commencé à faire.
C’est ce que ce défi renforce.
Hier, j’ai lu en message privé :
« Réussir, on s’en fout. C’est essayer qui compte. Aller au bout du bout, comme tu dis. »
Cette fois, je ne lâcherai pas.
J’avance.
Jusqu’au bout.
Point final.
Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.

