Jour 14 – Dimanche
Une fois que vous avez posé une forme d’intention, que vous avez identifié de quoi vous avez envie de parler (et encore une fois, cela peut être uniquement votre envie du jour), demandez-vous comment faire redescendre cette intention dans le concret, quelle scène pourrait vous aider à incarner cette notion, à répondre à votre question. Fonctionnez vraiment par images, et réfléchissez à trois images différentes, trois scènes différentes qui peuvent incarner ce motif.

Aussi, je vous invite à faire pareil, faire ce recensement de scènes (trois est un minimum) et ensuite, écrire quelques mots dessus (ou vous écrivez chaque scène en entier).
Jour 14 — La tache de naissance
Une peur n’est pas une blessure, mais une trace. Comme une tache de naissance que l’on apprend à reconnaître.
Je croyais que la peur se disait en un mot, bref et tranchant. Tremblotant ou frissonnant.
Mais elle se faufile. Elle prend des formes variées. Elle ronge en silence.
Et surtout, elle fait écrire.
Ma peur ne surgit pas qu’en cris. Elle s’installe à bas bruit.
Elle se cache dans l’attente des résultats d’examens. Dans les regards flous que je croise.
Dans ce chiffre que je relis sur mon compte en banque, comme s’il allait changer.
Elle rôde chaque fois que j’ouvre une page blanche en me disant :
Et si cette fois je n’y arrivais plus ?
Comme le manque, elle est une présence à rebours.
Une main invisible qui tire vers l’arrière.
Trois scènes.
Trois visages de la peur, tels qu’ils me traversent.
Ou me composent.
1. Dans la lumière du frigo, tard le soir
Il est plus de minuit. L’appartement dort.
Je me lève. Sans raison. Ou du moins sans raison claire.
Peut-être pour grignoter. Peut-être pour vérifier que je respire encore.
J’ouvre le frigo, comme on entrouvre un souvenir dont on ne veut plus.
La lumière m’éblouit.
Je reste figé.
La fatigue me cloue, étrange et lourde.
La peur est là. Sourde. Lente.
La peur de n’avoir plus envie. De ne plus être attendu nulle part.
Je referme le frigo sans rien prendre.
Et retourne me coucher, un peu plus vide qu’avant.
2. Un souvenir flou, mais tenace
J’ai cinq ans. Peut-être six. L’été. Fin de journée. Entre chien et loup.
La maison est trop calme.
Où sont-ils ?
C’est la première fois que j’éprouve la peur de l’abandon.
Le cœur cogne. L’estomac se noue.
Je cours. Ouvre la porte. Appelle.
Puis je hurle. Le visage noyé de larmes.
Ils finiront par rentrer.
Mais la trace est restée.
Depuis, j’ai toujours eu du mal avec les absences. Les retards.
Et l’idée qu’on puisse m’oublier.
3. Ce que je dis pour ne pas dire
Quelqu’un me demande : « Ça va, toi ? »
Je souris. « Ça va. Et toi ? »
Voix posée. Posture maîtrisée.
Je dis que je suis fatigué. Que les semaines sont longues.
Le reste, je le tais.
Peur que tout lâche.
Peur de décevoir.
Peur d’échouer sans qu’on le voie.
Peur de m’effondrer sans bruit.
Alors je parle pour détourner.
Je meuble pour ne pas qu’on creuse.
J’écris.
Pas pour l’étouffer, mais pour la faire circuler.
Pour qu’elle ne prenne pas toute la place.
J’écris pour qu’elle n’ait pas le dernier mot.
Car la tache de naissance ne disparaîtra pas.
Mais peut-être qu’en faire un matériau, c’est déjà l’apprivoiser.
Lui donner une forme.
L’empêcher de me dissoudre.
Et faire d’elle, à force de phrases,
un passage,
un souffle,
une force…
Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.


Elle est si tragique et si belle, la peur vue de ton ciel Benoît! Bravo pour ces mots!
La force est là . Vienne la joie! 💫