
« Je ne suis rien. Je ne serai jamais rien. Je ne peux vouloir être rien. À part ça, je porte en moi tous les rêves du monde. »
Le bureau de tabac Fragments d’un voyage immobile Pessoa
Alors j’avance, bancal mais debout, lesté de tous ces songes qui ne m’appartiennent pas tout à fait.
Ils viennent des autres, ceux que j’ai croisés sans oser les aborder, des regards échappés sur un quai de gare, des parfums fugaces et anonymes happés dans la foule, d’un livre abandonné sur un banc, gondolé par l’attente, ou de ceux que j’ai dévorés.
Je marche en équilibre sur la ligne floue entre ce que je suis et ce que je pourrais être.
Parfois, je me dis que rêver encore, c’est déjà résister.
Et même si mon nom n’est inscrit sur aucune stèle, mes silences sont pleins de voix, elles bruissent doucement, secrètement, comme les feuilles d’un livre qu’on feuillette avec délicatesse.
Je ne suis rien, c’est vrai. Mais il faut bien un vide pour accueillir l’infini.
C’est ce vide même qui me permet d’entendre le murmure de toutes ces existences frôlées, imaginées, désirées.
Et lorsque la nuit tombe, quand tout se tait autour de moi, je sens ces présences intérieures palpiter, frémir, presque me tirer par la manche.
Je les connais mal, pourtant elles me définissent.
Elles me précèdent, me survivront sûrement, et dans ce tumulte discret, j’accepte ma place éphémère, infime, mais nécessaire.
Oui, peut-être n’aurai-je été qu’un instant, mais je me plais à croire que cet instant porte en lui une parcelle d’éternité.
Je ne suis que passage, écho, témoin.
Je traverse, j’écoute, je rends ce que l’on m’a soufflé, ce que j’ai interprété.
Et c’est très bien ainsi.
Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.


Magnifique partage.
Merci beaucoup.