Accueil Rentrée littéraire Septembre 2026 Joseph dans la nuit – Olivier Grondeau

Joseph dans la nuit – Olivier Grondeau

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Joseph dans la nuit Olivier Grondeau L'Iconoclaste
Joseph dans la nuit Olivier Grondeau L’Iconoclaste

Vie et survie du petit khâredji

Arrestation. Incompréhension. Privation. Détention.
Interrogatoire. Mensonge. Silence. Nuit.
Comment résister ? Comment tenir debout ? Comment garder espoir ? Comment survivre ?
Joseph dans la nuit est le récit des 72 premiers jours de garde à vue d’Olivier Grondeau en Iran, avant son emprisonnement à Chiraz. Ceux qui marquent un homme à jamais.

« Si on m’avait demandé ce que je savais faire dans la vie, je crois que j’aurais dit ça : tendre le pouce en souriant. »

L’arrestation

Olivier Grondeau est un nomade, un voyageur épris de liberté. Il traverse le monde avec un simple sac à dos, en stop. C’est sa vie. Jusqu’au jour où le mouvement s’enraye. Un matin. Dans une auberge de Chiraz en Iran. Il est emmené sans explication par des policiers du Renseignement iranien. Interrogé, transféré.
La violence tient à ce qui n’est jamais expliqué. La colère affleure en tournant les pages alors même que le narrateur ne l’exprime que rarement explicitement.

« Nous voulons croire qu’un avenir de pleurs est possible. Il nous reste cette force : survivant dans les décombres d’un ancien futur, jour après jour, mois après mois, nous en imaginons un neuf, maître de ses prérogatives. »

La détention

Autant de chapitres que de jours de garde à vue. Des chapitres courts, un dispositif de fragments quotidiens qui impose un rythme de lecture difficile à interrompre. Plutôt circonstancié au début, puis au plus près d’Oli ensuite. de la sidération à l’espérance de la libération. Tout y est fait pour déstabiliser les captifs. Filmés en continu, déshumanisés à l’extrême, systématiquement déplacés pour éviter les amitiés entre prisonniers.

Du sachet de mayonnaise conservé, de l’opercule de yaourt ou l’os de poulet devenant des stylos, on rit alors que la situation est intenable, dans l’étroitesse de la cellule.
Et puis Ana et son sourire, la poésie, l’apprentissage de mots persans et l’écriture. Un mot par jour de Nerval. le petit bâton comptabilisant les jours sur le mur.

« L’espoir que nous nourrissons dorénavant, c’est de pouvoir pleurer de n’avoir plus peur. »

L’imaginaire comme dernier espace de liberté

Il n’y a rien de sensationnel, point ou peu de pathos. Les émotions n’y explosent pas : elles se laissent deviner dans la manière de dire, comme si elles restaient toujours à la lisière. Cette pudeur donne de la profondeur à l’expérience racontée et laisse le lecteur travailler avec les blancs du texte. D’aucuns le regretteront, évoqueront une platitude. Cette retenue pourra les laisser à distance.

Nous habitons la cellule avec Oli, avec ses codétenus si humainement dépeints. On pense avec lui, on en vient à reproduire ses moindres petits gestes. Sous la plume de l’écrivain, la peur n’est pas absente, elle est déplacée. Elle est diffuse, sourde, intériorisée.

« Car le rire est toujours là. Il a germé voilà longtemps et pousse en secret dans la muraille parce que c’est une plante qui pousse où elle veut. »

L’écriture est moderne, traversée de références multiples. Parfois lapidaire, parfois extrêmement précise. L’écrivain utilise la poésie persane comme les chansons de Britney Spears, match de coupe du monde de football ou film de Disney. J’y ai trouvé une vraie voix, singulière, juste. Hors de ce cadre, on en oublierait presque qu’il est captif.

Je l’attendais depuis son annonce. Tout, sur le papier, me portait vers lui. Un premier roman, une plume poétique. Je n’ai pu résister. Ouvert le lendemain de sa présentation, terminé le surlendemain.
Ce que donne à lire vraiment Joseph dans la nuit, ce n’est pas l’enfermement, c’est ce qui, en nous, refuse de l’être. Il ne cherche pas à impressionner, il cherche à demeurer.

Joseph dans la nuit est publié aux éditions de l’Iconoclaste

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