
Les silences de la presqu’île
Les Schnabel séjournent chaque été sur la presqu’île dans l’hôtel des Wilberforce. 2 sœurs d’un côté, Annabel et Olivia, 2 frères de l’autre, Adam et Waldo. Des jumeaux cosmiques. 10 ans après l’été meurtrier, les Wilberforce et les Schnabel se retrouvent pour une grande fête, promesse d’un théâtre de révélations.
« L’un pose le problème, tandis que le second cherche à le résoudre. C’est tout ce qui les lie. »
Roman choral à la tension croissante
Eva Wilberforce tient l’hôtel dans lequel vient chaque été en vacances la famille Schnabel. Les deux mères de famille, Eva et Diane, tissent rapidement des liens. Comme les enfants. Max, le mari Schnabel, plus mystérieux, demeure à l’écart.
Les années passent jusqu’à ce que survienne le drame, puis un second.
Insouciance et tendresse laissent place à silence et tension. Julia Kerninon installe une sensation d’enfermement dans laquelle les secrets et les non-dits oppressent. Maternité, deuil, relations entre frères et sœurs, patriarcat… on retrouve les thèmes de l’autrice. Au lecteur de relier les fragments jusqu’à se rapprocher de la vérité.
« Elle était née d’une passion, et la violence des émotions qui avaient présidé à sa conception avait déposé en elle comme un limon incandescent. »
Une construction en puzzle
Le roman choral alterne les temporalités, les points de vue sans jamais perdre le lecteur. Les voix se répondent et se contredisent. Julia Kerninon entretient une tension qui rend toute interruption difficile. Sans devenir un thriller, le roman en emprunte la tension psychologique.
Chaque changement de point de vue déplace imperceptiblement le regard du lecteur. Progressivement, les personnages prennent de l’épaisseur. Ils deviennent terriblement humains. On connait leurs failles, leurs désirs, leurs ressentiments. L’intrigue s’épaissit, l’ambiance envoûte. Chaque chapitre révèle un nouvel élément qui oblige à reconsidérer ce que l’on croyait avoir compris.
« Et puis, au bout d’un moment, il avait compris. Il avait recollé les morceaux laborieusement mis plusieurs semaines à finir son puzzle mille pièces, et finalement il avait contemplé le tableau qui se dessinait devant lui. »
La dernière des Wilberforce est un roman d’atmosphère et de tension, à la croisée du drame et des secrets familiaux. Julia Kerninon confirme son talent pour sonder les liens familiaux et les émotions contradictoires qui les traversent, tout en faisant naître le trouble au cœur de l’intime, comme dans Liv Maria. Comme les personnages, le lecteur ne comprend le dessin d’ensemble qu’une fois les dernières pièces assemblées. C’est toute la force de ce roman où chaque silence finit par trouver son écho.
La dernière des Wilberforce est publié aux éditions de l’Iconoclaste


