
La mort annoncée
« Pas de temps à perdre, assura-t-elle soudain, sans même se retourner. Aujourd’hui je meurs. » L’annonce faite par la patronne, Victoria Woodhull, à son domestique, Ménélas Daisastre. Branle-bas de combat dans le manoir anglais : la gouvernante, Miss Florence Nixon, et Ménélas Daisastre, redoublent de vigilance et cherchent à contredire cette prémonition. Surtout que le perroquet, Paradise, a disparu. Signe de mauvais augure. Le dernier présage de Victoria Woodhull est un audacieux portrait à travers les yeux d’un domestique.
« Rien de pire que le décompte des jours et le passage des minutes pour s’enfermer dans une routine, et indiquer à la mort l’heure et le lieu de passage. »
Un personnage excentrique
Victoria Woodhull a eu de multiples vies. Plusieurs fois mariée et divorcée, cette Américaine fut la première femme candidate à la présidence des Etats-Unis en 1872. Elle demeure désormais en Angleterre, dans un manoir du Worcestershire, entourée de trois chiens, deux chats, un perroquet, une coccinelle et du personnel à son service. La patronne, dans un fauteuil roulant à longueur de journée, a ses petites habitudes : le café du matin, la coupe de champagne le soir. Malgré son âge avancé, à quatre-vingt-huit ans, elle n’a toujours pas sa langue dans sa poche.
Les personnages autour sont plus conventionnels et d’une grande fidélité. Miss Florence est entièrement dévouée depuis plus de cinquante ans. Son chemin semble tracé. Ménélas, Français traumatisé par la Première Guerre mondiale, semble toujours entre deux eaux : respecter les règles et agir selon ses envies.
« Elle mettait un point d’honneur à ce que chaque être se trouvant sous son toit possédât un nom, car partager son existence avec des anonymes entraînait le malheur sur toute une vie, puis sur sa descendance. C’était d’une logique aussi sûre que deux et deux font quatre. »
Une profusion assumée
Le roman refuse la ligne droite. À la fois pièce de théâtre, conte, vaudeville, il est porté par une écriture travaillée et rythmée, alternant le grotesque, l’ironie, l’exagération mais aussi l’humour et la pudeur, la tendresse et la mélancolie. Cette élégance volontairement désuète nous ramène aux années 1900, avec l’imparfait du subjonctif et ces dialogues picaresques.
Maxim Schwartz possède une véritable voix et une ambition romanesque indéniable. Pourtant, cette richesse finit par devenir son principal obstacle. À force d’accumuler anecdotes, détours et changements de registre, le récit perd la tension née de son remarquable point de départ. Les digressions et la profusion narrative éloignent le lecteur.
« Mais ne vous en faites pas, il existe deux formes de disparition : d’abord la physique, puis celle qui survient lorsqu’on prononce votre nom pour la dernière fois. La première est cruelle, mais fausse ! Seule la seconde est définitive, et les poules auront des dents avant qu’elle ne survienne. »
Le dernier présage de Victoria Woodhull impressionne sans totalement séduire. Maxim Schwartz signe un premier roman ambitieux, porté par une langue singulière et un personnage fascinant. Mais cette ambition se paie d’une construction labyrinthique qui finit par affaiblir la force de son point de départ.
Le dernier présage de Victoria Woodhull est publié aux éditions Philippe Rey


