
Oser dire non
« Ce matin, papa est mort. » Et c’est le monde de Fadel, jeune sénégalais travaillant à Paris qui est bouleversé. Les larmes finissent par couler. Il doit revenir à Dakar pour accompagner son père une dernière fois et se confronter à ceux dont il s’était éloigné. L’âge de déplaire est un premier roman courageux qui ose la transgression.
« Je suis un maillon d’une chaîne qui existe depuis des siècles, et les autres hommes sont là, debout et fermes, pour me maintenir dans cette chaîne. Ou pour me sanctionner, si j’osais les contredire. »
Tradition et liberté
Fadel est le cadet de la famille. Il doit par conséquent obéir à sa fratrie, être viril, être pieux. Et surtout, rentrer vivre au côté de sa mère, s’en occuper maintenant que son père est décédé. C’est la tradition, la religion, il ne peut s’y opposer.
Lui vit à Paris. Il y a trouvé sa place, un espace pour respirer, et Léna.
Rentré à Paris malgré les injonctions maternelles, Fadel découvre qu’un premier refus n’en efface jamais un autre. Peut-on choisir sa propre vie sans rompre avec ceux qui nous ont construit ?
« Refuser, c’est défier la communauté.
Résister, c’est subir le déluge des jugements. »
Transgresser ou se soumettre ?
Fadel se met à nu. Il partage ses interrogations, ses faiblesses et ses contradictions dans un monde où toute différence expose au jugement. Les chapitres courts donnent au récit un rythme soutenu. Abibou Diouf ose écrire sur la virilité imposée, nourrie par les traditions, les attentes familiales et une certaine lecture de la religion. Par la fiction, il interroge les injonctions religieuses, familiales et patriarcales qui enferment Fadel.
Néanmoins, l’écriture est très conventionnelle, parfois trop neutre. Elle privilégie la lisibilité là où le sujet aurait appelé une écriture plus fiévreuse, plus incarnée. C’est très construit, sans doute trop. Cette maîtrise finit parfois par contenir l’émotion. le paradoxe est là : le sujet est profondément subversif, mais l’écriture demeure soucieuse de ne jamais heurter.
« peu importe où l’on vit, l’essentiel, c’est d’être en paix avec soi-même. »
L’âge de déplaire raconte le prix d’une liberté conquise contre les attentes des autres. Une liberté fragile, douloureuse, mais profondément humaine. Parce qu’il rappelle que devenir soi-même suppose parfois d’accepter de déplaire, ce premier roman mérite d’être lu.
L’âge de déplaire est publié aux éditions Albin Michel.


