
Comptine de l’ombre
Voilà
Le premier mot est posé
Phrase unique
comme une ultime inspiration
avant le départ
Une famille de trois
devient cinq
La mère
la narratrice enfant
son petit frère
le chien
Et l’Autre
Trois petits chats se lit d’une traite
Non sans être bousculé
Essoufflé
« Moma réinvente notre vie
un truc qui dit
ça va aller »
Le regard qui grandit
De six ans à seize ans
le présent de l’enfance
le corps
les sens
la peur
qu’on ne sait nommer
et la comptine
trois petits chats
en fil rouge
rassurante
rageuse
hypnotique
et l’Autre
« Moma dit ça
je ne m’attends plus à rien
c’est moins pire que c’est pas bien
elle dit aussi
je crois juste en maintenant
en la seconde qui défile »
L’Autre
Il rassure
Il répare
Il sait tout faire
Il sait tout manier
les outils
comme les mots
puis quelque chose
se dérègle
la violence
d’abord verbale
puis physique
la peur grandit
saison après saison
« On survit aux souffrances qu’on choisit »
« Moma connaît la différence
entre l’épreuve et le drame
l’expérience du chagrin éternel
rend sans doute
tout le reste supportable »
Le souffle
la langue est celle du vers libre
phrases courtes
brutes
ciselées
scandées
une poésie
qui dit la tendresse
et la colère
sans pathos
une langue qui accélère
qui suspend
qui parfois
coupe le souffle
« on devrait toujours pouvoir s’enfuir
en amenant avec soi
ses racines ou
ses amis »
Trois petits chats raconte
la violence domestique
par le regard de l’enfance
et ce souffle
qui permet peut-être
de dire l’insoutenable
sans jamais l’adoucir
un premier roman
intense
singulier
et une comptine
qui tourne
en boucle
Trois petits chats
Trois petits chats
Trois petits chats chats chats
Trois petits chats est publié aux éditions Bayard


