Comment cuire un ours – Mickael Niemi

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L’ours, coupable idéal

« Il était encore temps de faire demi-tour, de m’éloigner au trot comme le fait l’élan quand il flaire l’inhabituel, de disparaître comme le silence dans la brume des marais. Mais je ressemble au renard. Le nouveau m’attire, je balance entre peur et curiosité. Mon museau chatouillé par la convoitise pointe vers l’inconnu, précédant le reste de mon corps. Je n’hésitai qu’un instant avant d’ouvrir, et j’entrai en tapinois. A l’intérieur, le parfum m’assaillit avec force, et je compris : du tabac. »

Autant l’écrire d’emblée : Comment cuire un ours de Mikael Niemi est une très belle découverte, même si le style, parfois touffu, demande une certaine patience. 

Prenons d’abord le temps de planter le décor.

L’intrigue se déroule dans le Grand Nord suédois au XIXème siècle, dans le village de Kengis. La vie y est rude, les superstitions nombreuses, la nature impitoyable. Jussi, un jeune sauvageon, un « noaidi », un lapon d’origine sami, est recueilli par le pasteur, Lars Levi Laestadius, un ecclésiastique excentrique et très érudit inspiré d’un personnage réel. Il tente d’apporter l’Eveil chrétien à la population. Il considère Jussi comme son fils. 

Une enquête holmésienne

« Avant de mourir, il nous faut vivre, répondit mon maitre. ET pour vivre de façon aussi riche et intelligente que possible, nous devons rechercher la connaissance. »

Hilda Fredriksdotter, une servante, est retrouvée morte. Le commissaire Brahe s’empresse d’imputer ce décès à l’ours. Le pasteur n’en croit rien et à l’inverse soupçonne un humain. Il démarre méticuleusement son enquête avec Jussi. Puis une autre jeune femme, Jolina Eliasdotter, est violentée et assassinée… Enfin, c’est au tour du peintre Nils Gustaf d’être retrouvé sans vie…  Du travail pour notre duo d’enquêteur qui opposent la science et la foi à l’obscurantisme. Sherlock Holmes ne rougirait pas et y retrouverait ses propres méthodes. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir la suite… et les rebondissements. Ours ou … ?  

L’écriture, le point fort du roman

« Le venin du serpent suinte goutte à goutte sur Pajala. »

Les descriptions sont nombreuses et foisonnantes. Le début de la lecture en est par conséquent complexe et lente. Cela change par la suite et ce polar historique, l’enquête policière étant le fil conducteur du roman, devient fascinant.

L’écriture de Mikael Niemi y est pour beaucoup. Elle est imagée, immersive, traversée de digressions poétiques sur la faune, la flore et la spiritualité. Il parvient à faire ressentir la rudesse du Grand Nord, à donner corps aux croyances du temps et à capturer les tensions entre progrès et tradition. 

Les personnages sont profondément humains, tantôt lumineux, tantôt rongés par la noirceur de leur époque. J’ai particulièrement apprécié Jussi, ce jeune si naïf au début et qui apprend en grandissant. L’auteur nous offre un regard poignant sur l’éducation et la transmission.

Une intrigue historique et policière captivante

« L’homme peut vivre de cette manière, sans abîmer ni détruire. En se contentant d’exister. »

Comment cuire un ours est un roman riche, dense, parfois âpre, mais d’une beauté indéniable. Une lecture exigeante mais envoûtante, qui séduira les amateurs de récits historiques aussi bien que de thrillers littéraires. 

Un livre qui malgré ses exigences m’a convaincu de voter pour lui pour la sélection de Février du prix des lecteurs du Livre de poche. 

Il est traduit du suédois par Françoise et Marina Heide.

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