Défi d’été – Jour 21

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Jour 21
Imaginez que vous discutez avec un parent, un ami d’enfance, un(e) amoureux(se), un collègue de votre personnage. Vous faites quatre monologues assez courts pour saisir ce qu’ils pensent de lui.

1. Sa mère

Ben, c’est un silencieux, un taiseux. Il a toujours été comme ça. Petit déjà, il ne disait rien quand il était triste. Il se réfugiait dans les puzzles, les magazines de football, les livres, dans la forêt derrière la maison.
Je me souviens d’un après-midi où il avait disparu pendant des heures. On l’a retrouvé assis au pied du grand chêne, un roman posé sur les genoux, les joues encore mouillées. Il avait sept ans. Et ce silence-là, je ne l’ai jamais vraiment su. Il avait l’épaisseur d’un chagrin inavoué, une douleur d’enfant qu’on tait pour ne pas inquiéter.
J’ai longtemps cru qu’il se protégeait. Aujourd’hui, je comprends que c’est sa manière d’habiter le monde. Une manière à lui, en dedans.
Je l’admire pour ça, même si parfois j’aimerais qu’il m’en dise un peu plus. Savoir vraiment comment il va.
Mais il sourit. Et je sais que ce sourire-là, même discret, veut dire beaucoup. C’est son langage à lui. Un peu comme ses silences.
On apprend à les lire, avec le temps. Mais parfois, j’aimerais encore avoir la légende. Une phrase, un signe, pour être sûre de tourner la page dans le bon sens… ou de ne pas la froisser.

2. Un ami d’enfance

Ben ? Il écoute. Trop, peut-être. Il faudrait qu’il parle un peu plus de lui, au lieu de toujours tendre l’oreille aux autres.
Il voit tout, ça c’est sûr : les silences, les hésitations, les gens qui mentent mal. Parfois, j’ai l’impression qu’il sent les choses avant qu’on les dise. Comme s’il les portait déjà en lui.
Mais il ne laisse rien passer. Comme si c’était son rôle d’arranger le désordre des autres.
Heureusement, parfois, il prend des chemins détournés. Je pense à cette soirée de Sainte-Cécile, il y a une trentaine d’années. On avait bien rigolé. Il avait dansé — oui, dansé ! — tant l’alcool l’avait déridé. Et on avait dû le ramener chez lui, bras dessus, bras dessous. Il riait comme un gosse. Comme s’il avait, pour une fois, oublié de se retenir d’exister.
Moi, ce que j’aime chez lui, c’est qu’il ne joue pas. Il est là, c’est tout. Avec ses doutes, ses élans maladroits, ses phrases sans point final.
Et ses fichus carnets, qu’il planque comme s’ils contenaient une matière trop vive.
Un jour, il m’en a lu une page. Juste une. J’en tremble encore. Parce que c’était lui, tout entier. Nu, et pourtant encore caché. Comme une confidence trop grande pour le monde, ou un poème griffonné qu’on garde dans sa poche, trouée.

3. Une ancienne compagne

Ce que j’aimais chez Ben, c’était ce calme, rassurant. Cette façon qu’il avait de poser une tasse ou de refermer un livre, comme si chaque geste méritait de l’attention.
Il faisait les choses doucement, sans jamais brusquer. Même les disputes, il les traversait en silence, comme on passe dans une pièce fermée à double tour.
Ce que je ne supportais plus, c’était ce même calme.
Il ne parlait pas. Il ne disait jamais s’il allait mal. Il s’isolait. Parfois à deux mètres de moi.
J’aurais voulu un peu plus de désordre. Un peu de feu, même maladroit. Comme dans les débuts. Casser cette routine.
Mais je crois qu’il ne sait pas faire. Il est de ceux qui restent sur le rivage quand les autres plongent. Initialement par peur de l’eau, mais aujourd’hui parce qu’il sait que certaines vagues n’ont pas de retour.
Ça le rend beau. Et seul.
J’ai mis longtemps à comprendre qu’il ne me fuyait pas. Il était comme cela.
Il se préservait. Comme on protège une lampe fragile dans le vent. Ou des secrets trop lourds pour être confiés. Peut-être même à soi-même.

4. Collègue libraire

Ben, c’est un drôle de libraire. Il range les livres au cordeau, mais il oublie les factures. Il parle peu, mais il fait mouche quand il conseille un roman.
Et puis, il a ce truc rare : il lit vraiment. Il vit avec les livres.
Vous devriez lire ses recensions : c’est du cousu main, c’est précis, c’est habité.
Ce n’est pas un commerçant, c’est un passeur. Il tend les livres comme on tend une main. Les clients l’aiment et reviennent pour ça.
Il prend le temps, même quand il dit qu’il ne l’a pas. Il se penche, il écoute, il note parfois une phrase dans un carnet.
Moi, j’ai du mal avec Le Livre de l’intranquillité, lui, il le propose comme on tend un miroir.
Et parfois, il s’éclipse. On croit qu’il est dans la réserve, mais non. Il est assis entre deux rayons, un carnet à la main, à noter je ne sais quoi. Un mot d’enfant. Une hésitation. Une histoire qu’on ne lui a pas racontée.
Il écrit comme il vit : en creux. Mais ça résonne. Chez lui, le silence n’est pas vide : il écoute ce qui cherche à naître. Et tente de trouver les mots.

Du 14 juillet au 1er septembre, je participe au défi d'été 2025 de l'école Les mots : du petit plongeon au grand bain. Pas de visio, pas de rendez-vous à l'école, juste des mails réguliers, comme des cartes postales littéraires, qui vous invitent à écrire 15 minutes chaque jour.
Le programme de cette première semaine: Trempez un doigt dans la piscine, avec un premier désir d'écriture.

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