Quitter la vallée – Renaud de Chaumaray

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Quitter la vallée Renaud de Chaumaray Gallimard
Quitter la vallée Renaud de Chaumaray Gallimard

Avec Quitter la vallée, son deuxième roman, Renaud de Chaumaray confirme une voix singulière dans la rentrée littéraire. Trois récits s’entrecroisent : Clémence, une mère en fuite avec son fils Tom, Fabien et Johanna, un père et sa fille explorant les entrailles de la terre, et un couple éphémère, Guilhem et Marion, pour qui la vallée devient décor sensuel et champ d’amour impossible.
La nature périgourdine, vibrante et minérale, est un personnage à part entière du roman : la Vézère « trace des arabesques » ou « se hérisse comme la peau d’un animal translucide », la roche conserve des secrets préhistoriques, et la crainte de l’autre rôde dans l’épaisseur du bois.

« La vallée engloutissait les histoires et les vies, s’en gorgeait comme une éponge oublieuse »

Quitter pour renaître

Ce roman n’est pas qu’une aventure souterraine ou rurale : c’est une tentative de quitter son histoire, de se délester de ses blessures, de recommencer depuis le gouffre. Quitter la vallée, à la fois refuge et prison. L’auteur embrasse les vertiges de l’intime et raconte, à travers la disparition d’un enfant, la redécouverte de l’art pariétal, et la passion sensuelle, ce qui meut tout être : le désir farouche d’échapper à la fatalité.

L’alternance des voix, la lenteur du récit, peuvent désorienter un lecteur en quête d’un fil narratif plus continu. Mais ce déséquilibre dépeint bien la fragmentation des vies et la difficulté à trouver une sortie.

« La maison se fondait parfaitement dans le paysage. Ses murs en pierres sèches, sa toiture en lauze et ses volets en chêne étaient l’agencement discret de ce qu’on retrouvait autour à l’état naturel. Même le lierre courait sur les façades comme sur les arbres avoisinants. »

L’écriture : traces vives et souffle poétique

La langue est une des grandes réussites du roman. Renaud de Chaumaray tisse ses récits sur la matière brute des lieux : phrases denses, charbonneuses, parfois abruptes et jusqu’à l’excès, qui s’élèvent soudain dans des envolées poétiques. On sent la roche, la peur, l’émerveillement devant les parois peintes, mais aussi la sensualité des corps. Chaque phrase semble arrachée à la vallée elle-même. Cette intensité hypnotique fascine.

« Le chemin qu’il lui reste à parcourir ressemble désormais à un précipice qu’il ne franchira pas. Voilà qui tu es. Il s’assied, essaie de se calmer et s’étonne de la vitesse à laquelle l’esprit humain échafaude des plans pour sa survie. »

Quitter la vallée se lit comme un roman noir atmosphérique, enserre par son mystère et son intensité poétique, et s’achève dans un dénouement qui rétro-éclaire de façon saisissante tout le récit, faisant d’un lieu de l’enfermement le tremplin d’une possible libération.

Par sa structure et son écriture, il est une invitation à regarder la roche, les gouffres, puis à lever les yeux, enfin, vers la lumière.

Quitter la vallée est publié aux éditions Gallimard.

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