
La vie d’après
Simon perd tout en une fraction de seconde : Beate, sa femme et leurs deux enfants, Petra et Max, meurent dans un crash aérien provoqué par une erreur humaine. Comment faire son deuil ? Comment se relever ? Comment se reconstruire ? Par la vengeance ? Grâce aux médicaments ? Ou de nouvelles rencontres ?
« Simon avance toujours dans la nuit. Il ne cherche pas à savoir l’heure. le désir est grand de s’enfoncer sous la terre. Marcher dans les entrailles, ne plus penser à rien. Il ressasse cette image d’un tunnel sans fin. Les oiseaux ne chantent plus. Il foule un tapis de mousse et sa douceur le surprend. »
La vengeance, ou l’illusion d’un sens
De rares nuages s’ouvre sur les heures qui suivent l’accident. Simon se rend sur site, dans une forêt jonchée de débris, de corps et de souvenirs brisés. C’est glaçant, brut, sans filtre. Puis vient l’errance. Simon se met en quête du responsable du crash, mû par l’idée fixe de le tuer. Un détective privé lui fournit un nom : Gianni-Marco Houser. Mais arrivé dans la demeure de la famille, il découvre un homme détruit, abîmé, alcoolique, sous traitement, rongé par le poids de sa faute. Une ombre d’homme.
Point de traque haletante, mais un cheminement intérieur, une tentative de retrouver une forme de cohérence dans le chaos avec des scènes parfois absurdes, souvent poignantes. Plus on avance, plus on s’attache à Simon. Et plus on comprend que la vengeance, ici, n’est qu’un prétexte, un leurre, une façon de repousser l’abîme.
« Il ne va pas pouvoir tenir toute la journée dans cette pièce. Les objets et les photos lui sautent aux yeux. Il se lève, colle son visage sur la vitre. Il fait ce temps sans couleur qui rend le Rhône aussi indistinct que la rue ou les platanes. Une pâte grisâtre. La cloche d’un tram le fait brièvement trembler. de tous son corps. Il faut sortir, marcher autant qu’il le pourra. »
Un minimalisme qui dit l’indicible
Jean-François Dupont adopte une écriture sèche, dépouillée, refusant le larmoyant. Les phrases sont courtes, les chapitres brefs, comme si chaque mot coûtait, comme si le langage lui-même peinait à recouvrir la blessure. Ce minimalisme, loin d’être une facilité, est pour l’auteur la seule manière possible de dire la sidération, la perte de sens, d’explorer l’après. On retrouve ici une parenté de ton d’autres écrivains : Antoine Wauters, dans cette façon de faire parler le silence, ou Thierry Mertz dans cette manière de faire du quotidien un champ de ruines habité.
« Il rembobine le film de ces dernières semaines. La première scène. La sacoche avec le couteau. Et ce zombie. […] Quand Simon raccroche, un curieux sentiment se propage en lui. Comme tout à l’heure sur l’esplanade de l’Arena. Une sorte de tranquille distance. »
De rares nuages est un roman bref, tendu, aussi psychologiquement complexe que littéralement fluide. Il ne promet pas la lumière après la catastrophe, mais offre la beauté fragile d’un ciel traversé de quelques rares nuages. Par sa rigueur et sa pudeur, il s’inscrit dans la lignée des récits de deuil les plus justes.
De rares nuages est publié aux éditions Asphalte.


