
La violence en héritage
Catherine Girard est la fille d’Henri Girard, plus connu sous son nom de plume Georges Arnaud, accusé en 1941 du triple meurtre d’Escoires : son propre père, sa tante et la domestique. Il fut acquitté malgré les soupçons persistants. A 14 ans, l’autrice découvre qu’on la surnomme « La fille de l’assassin ». Elle confronte alors son père qui lui révèle la tragique vérité.
A la croisée du roman familial et du récit d’investigation intime, Catherine Girard met à nu dans In violentia veritas les secrets d’une lignée marquée par la violence et l’amour indéfectible, « Riri est l’oxygène de Georges, Georges la cause de son asphyxie ». Elle interroge la transmission et la vérité.
« Et si je te disais… que c’est ton père … ! qui a tué le sien… et qu’il n’a pas seulement… assassiné son père… ! il a aussi… tué sa tante… ! et même leur servante… ! »
Généalogie d’une douleur
Plutôt que de s’attacher à l’énigme judiciaire, Catherine Girard privilégie la quête intérieure et la généalogie d’une douleur. Elle choisit l’autobiographie plutôt que l’enquête, à l’inverse de la Serpe de Philippe Jaenada. Elle refuse d’expliquer ou de justifier les actes paternels, préférant porter un regard nuancé sur la folie latente et la difficulté de vivre avec une telle hérédité : « les peurs imprimées dans l’enfance de l’âme se figent avec le temps, parce qu’elles forment notre noyau dur, la rancoeur de mon père devient indélébile. »
En mettant l’accent sur la complexité humaine, elle évite tant le sensationnalisme du fait-divers que la tentation du jugement moral, pour mieux saisir la portée universelle de son récit.
La violence est le personnage principal. le tiers du livre, parfois marqué par des répétitions, peut décourager. Mais cette lenteur participe au projet : montrer combien la violence est obsédante, jusqu’à saturer le texte. La suite retrouve un rythme haletant et glaçant.
« Cette innocence que, dans son hybris assassine, il finira par perdre de vue, et qu’il ne retrouvera que quatre décennies plus tard, soutenue par la mienne : c’est l’innocence de ceux qu’un malheur trop grand a sertis trop tôt, si fort qu’ils cofondent l’écrin de misère dans lequel ils sont enfermés avec le coeur qui bat à l’intérieur. »
Un style à vif, entre lyrisme et scalpel
In violentia veritas ne se limite pas au cold case ou au témoignage, il offre une véritable introspection littéraire. Catherine Girard écrit pour comprendre, oscillant entre colère, tendresse filiale et obsession de vérité. La narration oscille entre passé et présent, reconstruisant les non-dits familiaux et tenant le lecteur en haleine sans avoir recours au suspense judiciaire. Il n’y a pas de preuves formelles.
Son écriture, très littéraire, à la fois lyrique et rigoureuse, évoque la douleur en refusant le spectaculaire. Elle propose un texte subjectif et sinueux, exigeant pour le lecteur mais profondément immersif.
« Après avoir passé un an dans les abysses de mon sang, c’est à cette seule encre que j’ai écrit le drame qui l’avait fait couler. »
In violentia veritas explore la mécanique du mensonge familial et l’épreuve de la vérité sous toutes ses formes. Par sa puissance littéraire et ses questionnements justes, Catherine Girard universalise un destin tragique et montre combien la littérature reste un lieu privilégié de l’intime affrontement avec la violence. Un livre intense, âpre et bouleversant, qui résiste autant qu’il captive.
In violentia veritas est publié aux éditions Grasset.


