Accueil Rentrée Littéraire Septembre 2025 Marcher dans tes pas – Léonor de Recondo

Marcher dans tes pas – Léonor de Recondo

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Marcher dans tes pas Léonor de Recondo L'Iconoclaste
Marcher dans tes pas Léonor de Recondo L’Iconoclaste

Un récit intime, entre urgence et apaisement

Rêves oubliés, un des premiers romans marquants de Léonor de Récondo, s’inspirait de l’histoire familiale de l’autrice : l’exil d’une famille espagnole traversant les Pyrénées pour fuir la guerre civile. Avec Marcher dans tes pas, elle reprend ce fil, mais dans une forme inclassable : ni roman, ni poème, ni simple récit personnel : tout à la fois. On lit ici une quête : comprendre ce qui a été perdu, réentendre ce qui a été tu, écrire au plus près des fantômes, témoigner du réel.

« Ce jour lointain, que je tente d’atteindre de si longues années après, je ne peux l’écrire qu’à travers l’invention des mots, le filet qu’ils forment, agrippant dans ses mailles des bribes de conversations, de souvenirs. »

Dix minutes

Enriqueta, la grand-mère de la narratrice, prépare un gâteau au riz pour l’anniversaire de son fils lorsqu’on sonne. Dix minutes, pas davantage, pour fuir Irun et échapper au peloton d’exécution. Tout abandonner derrière soi, jusqu’au gâteau encore tiède sur la table. Passer le pont international, rejoindre Hendaye, changer de pays mais pas de terre. Dix minutes pour devenir étrangère, à jamais.

« Pourquoi revenir inlassablement sur ce 18 août 1936 ? Pourquoi au mitan de ma vie tourner et retourner cette terre faite de fantômes, d’exil et d’inconnu ? Je ne trouve pas de réponse précise, sauf la nécessité de chercher une certaine vérité dans l’enchaînement des événements. »

Cheminement intérieur

Dès les premières pages, on ressent une urgence d’écrire, presque une respiration haletante. Léonor de Récondo scrute les photos, les silences, les blancs de l’histoire familiale, et en tire des éclats de mémoire. Entre passé et présent, souvenirs et documents administratifs. Parfois, le texte semble tourner en rond, ressasser plus qu’il ne creuse, miroir des errements et doutes de la narratrice dans sa démarche. le risque est que le lecteur décroche ou se sente tenu à distance. Et soudain, des passages poétiques fendent la page. Ce sont ces fulgurances qui donnent au livre sa vibration, révèlent la complexité et ravivent l’émotion.

« Je me demande en regardant ces photos ce que je cherche exactement, ce que j’espère trouver en écrivant ces lignes. Toujours, je reviens à l’enfance de mon père. Sûrement parce qu’elle a été tranchée par une frontière, parce qu’il y a un traumatisme que j’essaie d’appréhender. Je fouille cet espace inconnu. »

Une écriture à vif

La force du récit tient dans sa capacité à conjuguer intensité et délicatesse, servie par une écriture à vif et sans filtre, en vers libres ou en prose traditionnelle. On y retrouve ce qui fait la singularité de son oeuvre : une musique intérieure, un souffle qui emporte le lecteur. Et disséminés entre les différentes parties : des poèmes, sublimes et bouleversants.

« Nous plongeons dans la Bidasoa. Nous nageons d’une rive à l’autre, nos chevelures s’emmêlent d’algues et d’obus, nous sommes des méduses perdues dans l’eau douce, tentacules bientôt échoués dans le monde d’après. »

Marcher dans tes pas est un récit profond, sensible, habité par des fulgurances poétiques qui émerveillent autant que certaines descriptions divisent. On y trouve l’évidence d’une voix, et cette promesse discrète mais tenace qu’au bout du chemin, ce qui reste, toujours, c’est l’amour.

Marcher dans tes pas est publié aux éditions de l’Iconoclaste

3 Commentaires

    • Et ainsi, tu sauras par toi-même. Un roman sensible qui m’a plu. J’espère qu’il en sera de même pour toi.
      Bonne lecture.

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