L’homme qui lisait des livres – Rachid Benzine

0
L'homme qui lisait des livres Rachid Benzine Julliard
L’homme qui lisait des livres Rachid Benzine Julliard

Sous les décombres, les mots

L’homme qui lisait des livres est l’histoire d’un homme livre, d’un passeur d’humanité, dont la présence marquera à jamais Julien Desmanges, photographe français envoyé en Palestine pour couvrir les bombardements de Gaza, tout comme le lecteur.

« Un vieux libraire accroché encore à ses bouquins, qui lit à deux pas des ruines. Comme si les mots pouvaient le sauver du bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville. Et tu te dis que c’est ça, la vraie image. Pas besoin de chercher plus loin. Elle est là, sous tes yeux. »

Une rencontre improbable.

Alors qu’il erre dans les ruelles défigurées de Gaza, Julien aperçoit un vieil homme devant une librairie. Nabil al Jaber refuse la photo instantanée. Il souhaite a minima que les deux hommes fassent connaissance. Il lui demande de l’écouter… dérouler son histoire. Rencontre entre l’instantané et l’éternité, celui qui fige l’Histoire et celui qui la raconte. Rachid Benzine transforme ainsi l’histoire de vie en parabole, l’individuel en universel.

« On hérite aussi de la souffrance de ses aînés. Sans toujours la comprendre. Et cette douleur devient un jour la vôtre. J’aurais pu grandir avec cette amertume, cette rage sourde, cet espoir fou qui collait à mes grands-parents et à ma mère comme une seconde peau – mon père, lui, avait déjà l’esprit ailleurs. Mon enfance pourtant n’a été qu’amour inconditionnel. »

Le libraire, gardien des mémoires

Nabil al Jaber n’est pas seulement libraire. Il est également la bibliothèque vivante d’un peuple meurtri. À travers son récit de vie, il nous conte les séparations, l’exode, la prison, les engagements avortés, les bonheurs et les drames. Chaque titre cité, et les références littéraires sont nombreuses, chaque page tournée de ce court texte devient une balise dans la nuit, un éclat d’humanité contre la barbarie. le libraire habite le réel, pour s’enraciner dans la dignité silencieuse de la résistance.

« Mais moi, je les attends. Je les attends tous mes lecteurs. Imaginaires ou réels, qu’importe. Je ne suis pas seul. Les mots des livres déchirent tous les silences. Ils s’imposent à vous. le lecteur est un prisonnier consentant, attaché à l’illusion que chaque page tournée le libèrera. »

La fable des hommes livres

À la manière de Jean Giono et de son homme qui plantait des arbres, Rachid Benzine propose une fable contemporaine où la lecture n’est plus un simple acte intime, mais un geste politique, une ultime digue contre le naufrage de l’empathie. Dans un monde où les bombes veulent avoir le dernier mot, les livres deviennent la plus radicale des révolutions, la mémoire d’un peuple, la voix de ceux que l’Histoire voudrait réduire au silence.

Son écriture, d’une élégance dépouillée, sait trouver la justesse du ton entre gravité et espoir. Chaque page révèle un écrivain conscient de ses responsabilités, qui utilise la fiction pour révéler des vérités que le réel seul ne saurait exprimer. Suggérer plutôt qu’expliquer ou asséner. Place au silence et à la pudeur des sentiments.

« Il nous fallait survivre enserrés dans un étau omniprésent. L’angoisse était partout. Elle imprégnait l’air que nous respirions, elle pesait sur nos coeurs, elle s’insinuait même dans nos rêves. Chaos, humiliation, destruction. Toute leur vie, bien des Palestiniens n’auront connu que ce traitement. Et toute leur vie également, bien des Israéliens ne se seront représenté les Palestiniens que comme des terroristes. »

L’homme qui lisait des livres est un chant discret dédié à celles et ceux qui, dans les zones grises de l’Histoire, choisissent de rester debout grâce aux textes. Un roman bref mais intense. Un acte de foi dans le pouvoir des mots… que l’on regrette de quitter si vite.

L’homme qui lisait des livres est publié aux éditions Julliard.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici