
L’amitié au bord de l’amour
Vingt-cinq ans après La Conversation amoureuse, Alice Ferney revient avec ce qu’elle nomme « une conversation amicale », comme un écho inversé au premier volet. le pari est audacieux : sonder l’espace fragile où amitié et amour se confondent, où les élans se ressemblent tant qu’on ne sait plus s’ils conduisent au désir ou à une fidélité désincarnée.
« Entre eux, la complicité fut immédiate, l’aisance spontanée, l’éclat de rire franc. L’amitié aussi a ses coups de foudre, ses apparitions, ses révélations. »
Le miroir fragile de l’intime
Cyril et Marianne. Un homme libre, séducteur, en quête d’horizons. Une femme mariée, mère, qui trouve dans cette relation un souffle que la vie conjugale n’offre plus. Ensemble, ils inventent un territoire singulier : une passion sans corps, une fidélité sans serment.
Tout, pourtant, ressemble à l’amour : l’exclusivité, la dépendance aux mots de l’autre. Alice Ferney explore avec minutie cette zone grise où l’amitié s’éprouve comme en amour, avec ses fulgurances, ses attentes, ses blessures.
« La discussion quotidienne nouait une affection et une familiarité. Chacun devint pour l’autre une habitude, un besoin, la source d’une complicité que l’on attend de plus en plus à force de la trouver. »
Le vertige du dialogue
Le roman avance par fragments : quarante chapitres, quarante éclats de conversations qui disent tout à la fois la légèreté et le piège de ce lien fusionnel. Chaque échange dévoile une faille, une contradiction, un désir inavoué.
L’expérience est fascinante, troublante mais c’est aussi une limite du livre : cette proximité constante peut donner parfois au lecteur l’impression de tourner en rond dans l’intimité d’autrui.
« L’amitié, pensait Marianne, est une résistance, une relation qui s’affirme contre les exclusivités amoureuses et les clichés sur la séduction entre hommes et femmes. L’amitié fait moins de concessions que l’amour, elle n’a pas à accepter la trahison, la manipulation, elle est plus libre. »
Une écriture à hauteur d’âme
Alice Ferney excelle dans cette observation empathique qui fait sa marque : une écriture claire, faussement simple, qui dit les émotions sans pathos, avec justesse et nuance. Elle nous invite à nous demander ce que nous aurions fait, dit, choisi.
Les dernières pages, surprenantes et poignantes, rappellent que toute relation, qu’elle s’appelle amitié ou amour, est traversée d’attentes, de décisions et de solitudes.
« Exprimer est réconfortant, exposer la vérité satisfaisant même quand elle est tranchante. »
Roman subtil et d’une grande acuité psychologique, Comme en amour nous place devant une évidence : les frontières que nous traçons entre amour et amitié sont fragiles, mouvantes, poreuses. À chacun de décider de quel côté il se tient ou d’accepter de rester dans l’entre-deux, là où les sentiments se brouillent, mais vivent avec intensité.
Amour ? Amitié ? Solitude…
Comme en amour est paru aux éditions Actes Sud.


