
Un premier roman incandescent
Transfuge de classe, violences faites aux femmes, liens mère-fille, poids des origines, quête d’émancipation… La bonne mère, le premier roman de Mathilda di Matteo embrasse une palette de thèmes puissants avec une rare justesse. Un texte vif, rageur, tendre. Une voix fraîche qui empoigne le lecteur sans jamais le lâcher.
« Je ne suis pas de celles qui savent cultiver l’absence. L’attente. J’ai toujours été impressionnée par les femmes sur la réserve, sincère ou simulée. Celles qui savent faire languir, et d’un message évasif, d’un coin de regard, laissent un aveu en suspens. Moi, j’ai la présence asphyxiante. L’amour expansionniste. Je suis là, j’aime partout, et je le fais savoir. J’aime sans compter, sans réfléchir, sans respirer, même sans réciprocité. »
Clara et Véro
Clara quitte Marseille et monte à la capitale pour ses études. Sciences Po, puis une thèse. Elle rencontre Raphaël, un « fils de », « censément » pas pour elle. La magie opère, mais cette relation intense réveille surtout des blessures enfouies. Sa mère Véro, la cagole flamboyante, mariée au Napolitain, ne peut l’encadrer ce « girafon ». Excessive, solaire, fière, elle ne se prive pas de le faire savoir. Derrière les heurts, leur lien est avant tout fusionnel, viscéral, indéfectible.
La narration alterne les voix de la mère et de la fille, sans jamais les nommer. Et pourtant, on les reconnaît, on les ressent. Cette construction subtile donne toute sa force au roman : faire entendre deux sensibilités à fleur de peau, entre sarcasme, tendresse et colère.
« De quoi exactement j’ai peur, alors ? J’ai peur de tout, maman. Tout le temps. J’ai peur des bouteilles d’eau dans lesquelles on glisse du GHB en soirée. J’ai peur de Richard Cocciante. Que ma vie se termine avant d’avoir commencé. J’ai peur qu’il me tue, oui. Un peu. J’ai peur surtout des résidus d’amour qui me réveillent la nuit, moite et frissonnante ; de l’aimer plus que mon désir de survie. J’ai peur a posteriori. Une angoisse étrange de savoir qu’il a voulu, pendant longtemps, mais qu’il n’a pas. »
Violence et fracture sociale
Mathilda di Matteo explore la difficulté d’être « entre deux mondes ». Clara a beau fournir tous les efforts possibles, ce n’est jamais suffisant pour Raphaël. Toujours sa faute. En quête d’ascension sociale, elle se heurte à la violence des classes. Violence vécue dans l’enfance, brutalité conjugale subie par sa mère avec le Napolitain, emprise psychologique qu’elle revit avec Raphaël. L’intrigue met en lumière avec beaucoup de justesse la reproduction inconsciente des violences familiales et sociales, cet héritage familial dont on ne se débarrasse pas si facilement.
« Il est pas de Paris maman mais de banlieue parisienne.
Censément c’est important comme distinction. Enfin, pas besoin de connaître son adresse pour voir à des kilomètres que c’est un petit con. Je l’appelle le girafon. Dans son doc bien sûr. Son grand dos tout fin, son long cou de girafe. Un cou à égorger, vraiment. »
Une voix nouvelle, un style qui claque
Quelle plume ! Expressive, sensorielle, immersive. Mathilda di Matteo possède un style. Direct, cru, charnel, vibrant. Une langue qui mêle oralité brute, éclats poétiques et humour féroce. Ça sent le Sud, ça mord, ça étreint. le langage est incarnation. Il habite les dialogues, les silences et les fulgurances. On est installé au plus près de la scène.
La bonne mère est un premier roman attachant, drôle et douloureux, rageur et tendre. Un texte ancré dans le réel, porté par une langue audacieuse et vivante. Des personnages féminins inoubliables.
Un roman coup de poing et coup de coeur, qui marque l’entrée en littérature d’une autrice à la voix singulière, à suivre de très près. Un roman 100% Iconoclaste !
Peuchère que ça fait du bien !
La bonne mère est publiée aux éditions de l’Iconoclaste.


