Quatre jours sans ma mère – Ramsès Kefi

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Quatre jours sans ma mère Ramsès Kefi Philippe Rey
Quatre jours sans ma mère Ramsès Kefi Philippe Rey

Un seul être vous manque et tout se révèle

« Ma mère s’est barrée sous notre nez et on n’a rien vu. ». Un matin, Amani disparaît. Sans cris ni fracas. Elle laisse derrière elle un mari sidéré et un fils de 36 ans, Salmane, encore embusqué dans une adolescence sans fin. Où est-elle partie ? Pourquoi ce départ ? L’absence, brutale, agit comme un choc, une faille, une révélation. Elle pousse Salmane à quitter sa routine, à interroger ce qu’il n’a jamais encore osé devenir : un homme.

« Et puis, il y a les codes tacites. Ici, une femme ne se barre pas en laissant un homme à la maison. Elle doit rester, quoi qu’il en coûte, quitte à se bousiller elle-même. Ce sont les mâles qui ont le droit de prendre la tangente et de recommencer leur vie s’ils le souhaitent. Parfois sur un autre continent, parfois à l’autre bout de la ville. »

Une mère à tout faire

Salmane vit chez ses parents dans une cité HLM du quartier ouvrier de la Caverne. Il traîne avec Archie, son meilleur ami, travaille dans un restaurant sans prétention et pour 500€ par mois, il n’a rien à faire chez lui. Sa mère s’occupe de tout. Sa disparition brutale bouleverse l’équilibre fragile de son quotidien. Son père réagit avec colère. Lui part à la recherche d’Amani. Ce périple, à la fois physique et intérieur, l’oblige à sortir de sa torpeur et à affronter les secrets enfouis, les sacrifices invisibles, la réalité de l’exil et la complexité des liens familiaux.
La Caverne devient le théâtre d’une humanité discrète, où chaque voisin porte sa part de drame et de lumière. Chaque personnage est aussi passionnant qu’attachant. Mais c’est surtout la figure d’Amani, mère courage, qui fascine : son geste, loin d’être une fuite, interroge la possibilité de se réinventer, même à l’automne de la vie.

« D’ailleurs, nous nous ressemblons : nous sommes deux Gammoudi affreusement décevants. Nous aimons Amani, mais moins que la Caverne et sa routine. Ce n’est pas incurable : il faudrait juste revoir les dosages d’amour. »

Une écriture authentique

La langue est simple, directe, précise, sans fard. Elle laisse toute la place à l’émotion brute. Ramsès Kefi écrit sans fioritures, il va à l’essentiel. Il préfère la justesse à l’emphase. Il capte avec délicatesse les gestes, les doutes et la lassitude d’une génération venue d’ailleurs pour offrir un avenir meilleur. Il excelle à dépeindre la tendresse rugueuse et les maladresses du père, cette affection bancale d’hommes un peu paumés, les non-dits et la pudeur des sentiments. le roman touche par sa sincérité, sa grande finesse d’observation, sa drôlerie discrète, sa façon de dire l’exil sans misérabilisme, la famille sans cliché.

« Pendant des années, il n’y avait que le présent et le futur qui comptaient. Mais le passé a la tête aussi dure que les Arabes. C’est un montagnard, le passé, comme moi, comme ta mère. Même s’il tombe, il se relève.

Quatre jours sans ma mère est un premier roman intime et universel, sensible et émouvant dans lequel la tendresse affleure sous la pudeur. C’est aussi une déclaration d’amour à la mère dont le départ soudain aura été la possibilité d’un retour à soi pour les siens.

Quatre jours sans ma mère est publié aux éditions Philippe Rey.

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