Accueil Rentrée Littéraire Septembre 2025 Les promesses orphelines – Gilles Marchand

Les promesses orphelines – Gilles Marchand

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Les promesses orphelines Gilles Marchand Aux forges de vulcain
Les promesses orphelines Gilles Marchand Aux forges de vulcain

Gino, l’anonyme magnifique

Cette fois, Gilles Marchand s’attaque aux Trente glorieuses et tisse « le portrait de la France entreprenante qui n’a pas tout réussi. » le roman s’ancre dans la seconde moitié du XXe siècle et suit Gino, un jeune idéaliste désireux de participer aux grands projets de son temps, tout en cherchant Roxane, la fille qu’il aime et qui semble toujours lui échapper.

« On m’a parfois dit que je rêvais de trains et de fusées, c’est parce que j’avais gardé une haine de la route. Je crois plutôt que j’ai hérité des rêves de mon père. Il n’a pas construit un simple téléphérique, il a construit le plus haut de l’univers. C’est ça que m’a laissé mon père. Des promesses de grandeur. Et un prénom italien. »

L’anti-héros

Gino, parisien de naissance, passe ses étés dans un hameau près d’Orléans avec ses parents et son grand frère. Il y rencontre Roxane. Une routine estivale que viendra briser la mort accidentelle de son père. Sa mère décide alors de déménager définitivement dans la maison secondaire. Gino est triste de se retrouver dans ce bled paumé, même si ce sera peut-être l’occasion de revoir Roxane. Vie à la campagne, avec ses personnages hauts en couleur comme la vieille tante, René, le philosophe, son bar incontournable et son zinc inoubliable. Une vie sans éclat où on croise aussi Raymond Kopa et où on perd Roxane qui devient une actrice renommée.
Et puis Orléans devient « the place to be » : c’est là que va être testé le grand projet Français.

Pause. C’est l’heure de la page de réclame (d’époque) judicieusement insérée par Gilles Marchand.

« de nos yeux de petits gars de l’Orléanais, de petits gars de la campagne. On n’était pas condamnés à remembrer les terres, à exploiter les sols ou je ne sais quoi. On n’était même plus condamnés à se barrer en ville. L’avenir était à portée de main, au bout du champ. »

L’aérotrain

Reprenons. Ce fameux grand projet, c’est l’Aérotrain, un train fonctionnant sur coussins d’air et capable de battre tous les records de vitesse. Gino veut en être. Une grande piste de test est construite, les essais débutent, les projets d’installation se multiplient. Mais là encore, le réel va le décevoir, ses aspirations contrariées. le projet est abandonné. Il reviendra à Paris et participera à de multiples chantiers. Il sera ouvrier et coulera du béton, anonymement.
Mais ce n’est pas seulement le récit d’un projet avorté : c’est toute une époque que Gilles Marchand convoque avec tendresse, portée par une langue vibrante.

Page de réclame.

« Alors j’ai pédalé, j’ai pédalé comme jamais, j’ai pédalé comme si ma vie en dépendait. J’ai pédalé parce que je savais qu’eux aussi ils partaient. Les grands-parents de l’être aimé. Et lorsque je suis arrivé – essoufflé, éreinté, harassé, exténué -, le portail était verrouillé et les volets fermés. Mon espoir était brisé. J’étais dépité. Il allait falloir attendre toute une année. Jusqu’au prochain été.
Si quelques rimes étaient arrivées, elles ne compensaient pas le départ de ma dulcinée. »

Une écriture vivante

L’écriture est simple et poétique, d’une grande humanité. Elle mêle l’intime à la chronique sociale avec une attention particulière aux détails du quotidien, qui deviennent le reflet d’une époque en mutation. Les rebondissements, les joies et les peines de Gino sont racontés avec une délicatesse qui invite le lecteur à la confidence et à l’introspection.
Gilles Marchand adopte une approche plus ancrée dans la réalité historique et collective, avec une nostalgie plus marquée que dans ses œuvres antérieures. On retrouve néanmoins de la fantaisie. de même, son style est toujours aussi musical, rythmé, ponctué de répétitions et d’énumérations. Sa simplicité apparente cache une grande profondeur émotionnelle et une capacité à faire résonner les rêves inachevés de chacun face aux désillusions du progrès.

Page de réclame.

« Comme à chaque fois, je me mettais à rêver ma vie plutôt qu’à me donner les moyens de la vivre. »

Rêver sa vie ou vivre ses rêves ? Vivre et rêver, espérer, telle pourrait être la réponse ultime de Gino. Même s’il fut impuissant face à la vitesse à laquelle évolue notre monde.

Certes, aujourd’hui, vous pouvez utiliser l’intelligence artificielle que Gilles Marchand cite en fin de roman. Elle vous listera les grands événements comme dans Les promesses orphelines. Mais en aucun cas elle vous fera ressentir les émotions vécues dans ce roman mélancolique et tendre, où l’espoir vacille mais ne s’éteint jamais.

Instructif et captivant, Les promesses orphelines est un hommage vibrant à ces anonymes qui bâtissent dans l’ombre. Un livre qui touche juste.

Les promesses orphelines est publié aux Forges de Vulcain

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